Si Gatineau est sérieuse dans son projet de devenir une ville de vélo, elle devra bien favoriser le cyclisme d’hiver un jour ou l’autre.

Déneiger les pistes cyclables ou pas ?

CHRONIQUE / J’avais affaire au centre-ville d’Ottawa lundi après-midi. Vous vous rappelez ? Il neigeait à plein ciel. De gros flocons lourds qui recouvraient la chaussée et les trottoirs. La circulation était difficile, les voitures patinaient avant de repartir aux intersections…

Pourtant, sur la rue Laurier, la piste cyclable était déneigée. Et quand je dis déneigée, ce n’est pas des farces, elle était mieux déneigée que le trottoir juste à côté ! En l’espace de trois heures, j’ai vu la chenillette de la ville repasser au moins deux fois sur la piste cyclable pour la gratter jusqu’à l’asphalte. Un travail impeccable.

Et pourtant… pas un cycliste à l’horizon. 

En fait, ce sont les piétons qui empruntaient en grand nombre la piste cyclable, mieux déneigée que leur trottoir ! Tout ça pour dire qu’une ville aura beau déneiger ses pistes cyclables, il y a des jours où ça ne convaincra personne de se rendre au boulot en vélo. On reste un pays d’hiver, avec de la neige, des froids sibériens et du verglas. Bref, avec un climat qui ne se prête pas toujours à la pratique du vélo, à moins d’être un peu casse-cou.

C’est sans compter les distances à parcourir. Contrairement au pays d’Europe où les centres-villes sont plus concentrés, les villes nord-américaines sont conçues pour l’automobile. Les parcours entre le boulot, la maison, le centre commercial et la garderie des enfants sont plus grands et ils ne sont pas nécessairement desservis par une belle piste cyclable. Un autre facteur qui complique les efforts pour augmenter la part modale du vélo.

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Quand j’entends le conseiller Daniel Champagne, grand amateur de vélo devant l’Éternel, insister depuis trois ans pour qu’on déneige les pistes cyclables de Gatineau durant l’hiver, je le comprends.

Si Gatineau est sérieuse dans son projet de devenir une ville de vélo, elle devra bien favoriser le cyclisme d’hiver un jour ou l’autre.

Il est donc à peu près temps qu’on tente le coup du déneigement hivernal des pistes cyclables, du moins sous la forme  d’un modeste projet-pilote comme on envisage de le faire au centre-ville, l’hiver prochain.

On verra à tout le moins combien ça coûte et si le retour sur l’investissement en vaut la peine. 

En même temps, je comprends les réticences de l’administration gatinoise qu’on ne sent pas très entichée à l’idée de M. Champagne. 

Faut dire que les employés municipaux en ont déjà plein les bras avec le déblaiement des rues et des trottoirs. Tout ça dans un contexte où le moindre pépin dans les opérations de déneigement provoque une avalanche de plaintes au service 311…

C’est sans compter qu’avant de déneiger des pistes cyclables, il y aurait des protocoles d’entente à signer avec la Société de transport de l’Outaouais pour la piste qui longe le Rapibus, et avec la CCN pour ce qui est du sentier des Voyageurs.

Il faudrait s’entendre sur qui déneige quelle piste, sur qui paye les coûts d’entretien, sur qui paye pour les dommages infligés par les déneigeurs aux propriétés qui bordent les sentiers. C’est sans compter toutes les questions d’assurances. Si un cycliste se casse la margoulette sur une piste mal déneigée, et qu’il intente une poursuite contre les autorités, qui paiera pour les dédommagements ?

L’affaire est plus compliquée qu’il n’y paraît.

En outre, même si Gatineau a investi beaucoup ces dernières années pour compléter les tronçons manquants de son réseau cyclable, beaucoup de cyclistes ont encore l’impression que pédaler jusqu’au boulot demeure une aventure périlleuse. 

Dans ce contexte, on peut se demander s’il vaut la peine de consacrer des efforts au déneigement hivernal des pistes cyclables, alors qu’il reste tant à accomplir pour promouvoir les déplacements en vélo… durant l’été.