Décore ta vulve

CHRONIQUE / Cette semaine, sans doute à cause de Noël qui approche, mon fil d’actualité Facebook m’a ramené une vieille nouvelle estivale voulant que le maquillage ne serve plus seulement à donner du teint au visage et de l’éclat au regard. Grâce à lui, on peut désormais s’illuminer la vulve !

Pincez-moi quelqu’un !

J’étais déjà choquée de lire qu’à mon âge, la jeune quarantaine, je devais commencer à me tartiner le visage de produits anti-âge pour y limiter les ravages causés par le temps. Vous savez, des sérums à 179 $ le 15 ml qui vous met l’espace inter-sourcilier lisse comme une patinoire. Des crèmes à 75 $ le pot composées de « pigments photochromiques intelligents » qui réfléchissent la lumière du soleil les jours de pluie.

Comme si on n’en avait pas assez de se gérer le 3/4 du body juste pour pouvoir sortir dehors sans faire peur aux enfants, voilà qu’une compagnie a eu l’idée de pousser plus loin les principes de la manucure et de la pédicure en proposant, attachez votre tuque avec de la broche, la vanicure.

Croyez-le ou non, il est maintenant possible de se raffermir, de s’exfolier, de s’hydrater, de s’adoucir, voire de se farder et de se faire briller l’entrejambe. Il existe même du rouge à lèvres pour les grandes et les petites lèvres.

Misère. Pour rester dans le thème, disons que tout ça n’a ni queue ni tête.

J’en avais déjà plein le c... de me faire proposer des brumes, bruines, pommades et soins resculptant et toujours plus hydratants pour contourner les effets néfastes de la gravité, du temps et de l’hiver québécois sur mes joues.

On a déjà un mal fou à entretenir ce qui paraît. Imaginez maintenant ce qui ne paraît pas !

Juste d’arriver à camoufler nos cheveux gris est un travail à temps plein.

Lâchez-nous, bâtard !

En plus de me battre à coup de resvératrol et de rétinol contre une enveloppe cutanée de moins en moins pulpeuse au fil des ans et des ridules qui se transforment en rides, il faudrait que je me badigeonne le mont de Vénus et le bikini d’un luminizer, une espèce d’enlumineur vaginal dont la couleur change selon l’angle de vue ?

Euh, ça sert à quoi ?

Je recommence : ça sert à qui ?

Je n’enguirlande même plus ma galerie de lumières dans le temps des Fêtes, alors que ma rue est hyper passante. Ça vous éclaire un peu sur ma motivation à me grimer les parties intimes ?

On dirait une adaptation du sapin de Noël inversé. « Ayez un beau beau V pour le réveillon, Mesdames ! » Prions, maintenant, pour que cette mode folle soit éphémère.

Croyez-moi, une bonne hygiène et une esthéticienne qui l’est tout autant peuvent faire l’affaire.

Voir si c’est bon de se saupoudrer la vulve de produits à base de myrtilles arctiques et de fleurs de sureau. Cinq minutes de trop les fesses serrées dans un maillot rempli d’eau de mer et je me tape une vaginite. L’équilibre biochimique de cette partie du corps est fragile. Quand on a un jour souhaité se gratter avec la brosse à BBQ, on ne niaise plus avec ça. Je n’ai jamais appliqué d’highlighter sur l’arête de mon nez. Pas vrai que je vais commencer à en mettre dans ma petite culotte.

Toute cette mascarade ne soulève pas que des questions d’ordre technique ou de perturbation de la flore vaginale.

Quel message ça envoie, encore ?

À écouter les industriels de la beauté, notre corps semble basculer dans un état de décrépitude aussitôt sorti de l’enfance. Et de la tête aux pieds. Et pour nous vendre leurs produits miracles et, surtout, indispensables, ils jouent sur la honte. Sans leurs crèmes, sérums, hydratants, pâtes ou poudres, on restera grosse, poilue, cernée et boutonneuse. On sentira mauvais. On aura les dents jaunes, les sourcils trop fournis et les cils, jamais assez longs. Ça suffit ce culte maladif du corps parfait jusque dans ses moindres recoins !

Cette valorisation malsaine de l’apparence et du paraître, même pour ce qui ne se voit pas, ça devient complètement ridicule.

Je vous ai dit que la fameuse « nouvelle » sur le maquillage vaginal était accompagnée d’une photo de Kim Kardashian ? On la voit, tout écartillée, son maquilleur installé entre les jambes en train de lui « refaire une beauté ».

Il ne faut pas que je pense au fait qu’elle a une certaine influence sur les jeunes générations, sinon j’ai le cœur qui lève. Au lieu de se concentrer ainsi sur le V de sa vulve, peut-être devrait-elle penser à revoir le V de ses valeurs.