Tout comme Andrew Scheer, le néo-démocrate Jagmeet Singh a joué le plus possible la carte de l’autonomie du Québec lors de ce débat. Il a tout donné pour que les téléspectateurs québécois voient en lui autre chose que le turban qu’il porte sur la tête.

Débat: soirée difficile pour Scheer

CHRONIQUE / Justin Trudeau est apparu généralement combatif, Andrew Scheer sur la défensive et peu sûr de lui, tandis que Jagmeet Singh a été surprenant et Yves-François Blanchet, efficace.

Ce premier débat en français de l’actuelle campagne électorale fédérale, c’est l’histoire de chefs qui ont cherché à séduire les électeurs québécois en faisant au passage de l’œil au gouvernement de François Legault.

C’est aussi l’histoire d’un chef «fédéral», Yves-François Blanchet, qui s’est fait le messager de M. Legault aussi souvent que possible.

Et d’un premier ministre sortant, Justin Trudeau, qui, à défaut de pouvoir faire de vrais yeux doux au chef du gouvernement du Québec, a tenté de plaider sa bonne foi.

Après ce premier débat des chefs en français, on devrait enfin cesser d’entendre que les programmes des uns et des autres sont pareils ou presque. Ce n’est pas le cas.

Franchement...

Aidé par une langue qu’il manie avec brio, le bloquiste Yves-François Blanchet s’est illustré durant cette joute oratoire diffusée sur les ondes de TVA mercredi soir.

Ce n’est pas pour lui enlever quelque mérite que ce soit, mais il pouvait difficilement décevoir en ratissant le large spectre politique qu’il vise. Dans ce débat, comme depuis le début de la campagne, M. Blanchet a pris appui sur le «nationalisme décomplexé» de la Coalition avenir Québec. Il surfe et a surfé.

Il n’a pas hissé et ne hisse pas le drapeau souverainiste. Il n’y a pas de prise de risque de sa part à agir ainsi, ce qui fait du Bloc un parti refuge à bien des égards par les temps qui courent.

Sur les gages pouvant être donnés à François Legault, le conservateur Andrew Scheer se classe premier parmi les chefs prétendant au pouvoir, entre autres grâce à son projet de déclaration de revenus unique.

Il pâtit toutefois de son projet alambiqué de «corridor énergétique», un engagement qu’il a pris pour plaire à l’ouest du Canada. De façon plus générale, il pâtit de son plan vert pâle pour lutter contre les changements climatiques.

Sans compter le dossier de l’avortement sur lequel le chef conservateur a trébuché d’entrée de jeu, mercredi soir.

Ça n’a pas été une bonne soirée pour lui. Dans le contexte actuel, il devait faire beaucoup mieux.

M. Trudeau, mais aussi M. Blanchet doivent s’en réjouir.

Tout comme M. Scheer, le néo-démocrate Jagmeet Singh a joué le plus possible la carte de l’autonomie du Québec lors de ce débat. Il a tout donné pour que les téléspectateurs québécois voient en lui autre chose que le turban qu’il porte sur la tête.

Franchement, M. Singh mériterait que bien des Québécois regardent au-delà de cela.

Justin Trudeau était sur un terrain à part en ce qui a trait aux revendications du gouvernement Legault. 

À ce chapitre, il faut le dire, il demeurera longtemps le meilleur allié objectif des souverainistes.

Mais M. Trudeau ne s’est pas laissé démonter par ses adversaires. Il s’est souvent porté à l’attaque, s’en prenant particulièrement à M. Scheer. 

Depuis le début de la campagne, Justin Trudeau s’est affiché en champion des belles valeurs. Il peine toutefois à faire la démonstration qu’il les atteint et les atteindra. Tout ce qui a trait à l’environnement en est un bon exemple. Mais il est vrai qu’il vaut sans doute mieux tenter de tendre vers de belles valeurs que pas du tout.

Balance de quoi?

Yves-François Blanchet peut plus facilement promettre et exiger que les autres, puisqu’il ne prendra pas le pouvoir. Jusqu’à ce débat de mercredi soir, le chef bloquiste n’avait pas été beaucoup contredit, cela dit.

À quoi sert de voter pour un parti condamné à l’opposition? À cette question, posée à chaque fois que le Bloc québécois a été compétitif sur le terrain électoral, la réponse de l’actuel chef, comme celle de ses prédécesseurs, est immuable : en décrochant suffisamment de sièges pour obtenir la «balance du pouvoir», le Bloc pourra négocier ses appuis avec le gouvernement en place et donc peser sur les décisions. À voir. 

Les débats de la semaine prochaine à Radio-Canada et à la CBC seront bien différents en raison de la présence de la chef du Parti vert, Elizabeth May, et du chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier. Ce dernier affichera son populisme décomplexé sans vergogne. Il tentera de grappiller des points aux conservateurs d’Andrew Scheer et même au-delà en fustigeant le multiculturalisme de Justin Trudeau. Il sera là pour renverser la table.

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