«Ce que je remarque chez les gens de 30, 35, 40 ans, c’est qu’ils veulent que leur couple dure», raconte André. Que leur couple soit une plante vivace plutôt qu’une saisonnière. Et pas un cœur saignant.

De l’art d’entretenir son couple

CHRONIQUE / Des fois, j’ai l’impression que les deux personnes devant moi n’habitent pas dans la même maison.» Et pourtant.

André Perron est thérapeute conjugal et familial depuis presque 40 ans, il en a vu passer des couples dans son bureau. J’y étais vendredi. J’ai remarqué en entrant les deux fauteuils en cuir noir pour ces tourtereaux qui se demandent où diable est passé leur amour, une boîte de Kleenex à côté de chacun.

«C’est utile.»

Essentiellement, André les écoute. En posant des questions. «Je leur dis, aidez-moi à comprendre.» En faisant ça, chacun doit expliquer ce qui cloche et essayer de trouver les raisons et écouter l’autre faire pareil. «Le problème qu’ils ont n’existe pas en soi, il est construit.»

Ils l’ont construit à deux, ils doivent le régler à deux. «La conversation est destinée à la dissolution du problème. C’est comme dans un laboratoire, quand tu dissous quelque chose et que ça fait pshhhit…»

Je retiens le mot conversation.

Quand les gens arrivent dans le bureau d’André, ils sont souvent en mode last call, c’est l’ultime tentative pour éviter le naufrage. Ils sont aussi en mode «j’ai raison, tu as tort et je vais te le prouver». Pour des chicanes qui tournent toutes autour des mêmes choses, «le budget, les enfants, la sexualité, les prises de décision, le ménage».

Eh oui, le ménage. Le fameux «j’en fais plus que toi», les bas qui traînent, la lunette de la toilette qui reste montée.

Évidemment, les chicanes cachent autre chose et c’est ça qu’André cherche avec eux. «Quand je suis avec un couple, je ne suis pas seulement avec deux personnes. Je suis aussi avec tout ce qui a contribué à ce qu’elles sont aujourd’hui, leurs parents, leurs grands-parents, même la culture. Il y a beaucoup de monde dans la pièce!»

Au figuré, bien sûr.

Pas besoin d’attendre d’avoir besoin d’André pour vous poser cette question-là, pour essayer de voir quel problème se déguise derrière vos chicanes. Et de travailler vraiment à les régler. Mais pour que ça marche, aussi simple et compliqué que ce soit, il faut vouloir que ça marche.

C’est la première condition, il y en a quatre. «La première condition, et c’est la plus importante, il faut qu’il y ait des deux côtés la volonté de continuer. Il faut que les deux aient les deux pieds dans le cercle. S’il y en a qui a un pied en dedans et l’autre en dehors, ça ne peut pas fonctionner.»

Tous les couples ne peuvent être sauvés.

La deuxième condition, c’est de vouloir que ça dure toujours. «Il ne doit pas y avoir d’échéancier.» La troisième condition, c’est un classique, c’est d’avoir des projets communs, pas seulement changer les couches de bébé. Et la dernière, il faut que les gens autour de vous ou vos amis vous voient comme un couple.

Pas comme des colocs.

André en voit souvent d’ailleurs, des couples qui se sont effilochés en chemin. «J’en vois beaucoup qui se sont perdus de vue après quatre ou cinq ans, ils sont devenus des amis, des colocs, des parents. Ils se réveillent un moment donné et ils se demandent “qu’est-ce qu’on fait ensemble? ”»

Et, parfois, ils ne trouvent plus la réponse. «Il faut prendre le temps de s’occuper de son couple. C’est comme une plante, il a besoin de deux jardiniers. Parce que si tu ne prends pas le temps, le temps va se charger de toi.»

Et le couple va être une plante séchée.

D’entrée de jeu, André pose toujours les mêmes questions quand il rencontre un couple pour la première fois. «Je demande à chacun “dans la relation, qu’est-ce que j’apprécie” et “qu’est-ce que tu apprécies”. Je leur demande aussi “qu’est-ce que je trouve difficile” et “qu’est-ce que tu trouves difficile.”»

Ils partent de là. «Parfois, il y en a qui entendent des choses pour la première fois.»

Faites l’exercice pour voir.

En 37 ans, André en a vu de toutes les couleurs, assez pour pouvoir donner certains conseils. De ceux-là, se donner un bon six mois après une rupture pour revenir en couple, pour éviter «les relations béquilles», qui n’ont souvent pas une très grande espérance de vie. 

Pour ceux qui seraient tentés d’aller voir ailleurs, il rappelle que «les papillons, ça passe un moment donné».

Et pour les parents, «faites garder».

Tout comme peut l’être le travail, «les enfants sont des séparateurs de couples» quand ils prennent trop de place. «Si on ne met pas le couple dans ses priorités, il va finir par mourir.» André m’a aussi parlé de choses dont on ne parle pas assez souvent, «la tolérance, l’indulgence et le respect».

Et de l’importance de «continuer à apprendre de l’autre». 

En cette époque de l’instantané et du jetable, je me serais attendue à ce qu’André me dise que les couples se brisent comme des brindilles, au moindre pépin. Eh non. «Ce que je remarque chez les gens de 30, 35, 40 ans, c’est qu’ils veulent que leur couple dure. Ils n’ont souvent pas de modèle, parce que leurs parents sont souvent séparés, mais ils veulent durer.»

Que leur couple soit une plante vivace plutôt qu’une saisonnière.

Et pas un cœur saignant.