Le Rouge et Noir a réussi à créer une ambiance unique à la Place TD. C’est pourquoi les partisans sont au rendez-vous.

De la chance et du travail

CHRONIQUE / Le Rouge et Noir a cinq ans. Presque. Le 3 juillet 2014, l’équipe a joué son tout premier match à la Place TD.

J’en conserve un souvenir très clair. Je me souviens aussi d’une conversation avec le propriétaire Jeff Hunt, quelques semaines plus tôt.

Même si les préparations allaient bon train, un truc le tracassait sérieusement.

Une génération complète avait grandi, dans la région d’Ottawa-Gatineau, sans vraiment connaître le football de la Ligue canadienne. Comment allait-on s’y prendre pour vendre le produit aux jeunes adultes, garçons et filles nés entre 1985 et 1999 ?

En fin de compte, Hunt et ses associés s’inquiétaient pour rien.

Le soir du premier match, la foule était au rendez-vous. Les jeunes ont découvert un beau stade confortable, fraîchement rénové. Ils ont renoué avec le plaisir de passer une chaude soirée d’été dans le Glebe. À défaut de bien connaître la ligue, ils ont fait la connaissance d’un petit club sympathique, pas prétentieux pour deux sous, et bien travaillant.

Ils ont eu le coup de foudre.

Cinq ans plus tard, ils constituent toujours une part importante de la clientèle.

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J’étais de retour dans les bureaux de la Place TD, cette semaine. Le président-directeur général du Ottawa Sports and Entertainment Group (OSEG), Mark Goudie, m’a reçu pour jaser d’un peu tout ça.

Il a eu l’humilité de reconnaître un truc, dès le départ. L’histoire d’amour entre le Rouge et Noir et les millénariaux... C’est arrivé un peu par hasard.

Un joyeux accident, mettons.

« Nous sommes, en quelque sorte, devenus des modèles à suivre pour d’autres organisations dans notre ligue », dit-il.

« Le commissaire Randy Ambrosie passe son temps à nous complimenter. Je ne suis pas convaincu que nous méritons tous ces compliments, en réalité. »

« Je crois que nous avons pris quelques bonnes décisions, dès le départ. Je crois que nous avons compris que les stades ont évolué. Ce sont désormais des endroits où on se rencontre pour socialiser. Les stades ne servent plus uniquement à regarder des événements sportifs. »

Les dirigeants d’OSEG avaient un peu tenu compte de cela, quand ils ont dessiné les plans de la nouvelle Place TD.

Ils n’avaient cependant pas anticipé que des centaines de fans ne se donneraient jamais la peine d’atteindre leurs sièges. Des attroupements se forment, depuis 2014, derrière les deux zones des buts. Les fans se réunissent là pour fraterniser, bavarder, prendre un verre. Tout en gardant un œil sur la partie.

Quand ils ont pris acte de tout cela, les dirigeants d’OSEG ont agi. Ils ont fait construire une terrasse en bois rond au niveau du terrain, derrière la zone des buts du côté ouest. Ils ont aménagé un très long comptoir du côté est.

« Nous avons planifié certaines choses. Nous avons eu de la chance. Nous avons aussi eu le génie de laisser certaines choses se produire. Nous avons observé nos partisans. Nous les avons écoutés. Nous avons aménagé des endroits qui correspondent à leurs besoins », a résumé M. Goudie.

Le PDG se dit particulièrement fier de voir autant de jeunes gens porter les produits dérivés du Rouge et Noir. « C’est extraordinaire. Les gens d’ici n’avaient pas ce réflexe, avant. Il existe des tas d’équipes sportives en Amérique du Nord. Ils choisissent de porter nos couleurs. Ça me laisse croire que nous faisons les choses correctement », me dit-il.

On reconnaît souvent les jeunes partisans du Rouge et Noir à cause des vestes carreautées qu’ils portent dans les environs du stade.

Un autre coup de chance. Le look du bûcheron est à la mode depuis quelques années.

Les modes ont un petit quelque chose de capricieux. Elles changent tout le temps.

C’est peut-être la question la plus importante, alors que débute un nouveau cycle de cinq ans au parc Lansdowne.

Comment peut-on s’y prendre pour que ça dure ?

M. Goudie m’a parlé de l’importance de « rester pertinent ». Il m’a parlé de nouveaux marchés à conquérir. « Nous avons rejoint les vieux fans, nous avons rejoint les millénariaux. Je crois qu’on fait du bon travail auprès des francophones. On pourrait gagner du terrain auprès des nouveaux Canadiens. »

La capitale vient de franchir le cap du million d’habitants. Il ne serait effectivement pas fou de dérouler le tapis rouge aux nouveaux arrivants.