En confiant notre argent aux banques, on participe contre notre gré à la financiarisation et la précarisation de l’économie.

Nos tirelires affamées

« Si la population comprenait le système bancaire, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin. » — Henry Ford

CHRONIQUE / Je ne suis pas un économiste et je ne prétends pas maîtriser les arcanes de la finance, je suis un simple client des banques. Pour mes transactions courantes, mon hypothèque, mes prêts, mes braquages... ben non, je ne fais jamais de braquage, juré craché! Je suis un usager ordinaire qui peine à saisir pourquoi les banques peuvent être si puissantes et s’enrichir toujours davantage, allant de records historiques en records historiques. Depuis le creux boursier de mars 2009, les titres des six grandes banques canadiennes ont plus que quadruplé de valeur. L’année dernière, elles se sont partagées plus de 40 milliards de dollars de profits. Le simple client que je suis est toujours impressionné de constater à quel point ces institutions financières ferment des points de services, prêtent à des taux d’intérêt élevés et m’imposent toutes sortes de frais pour utiliser mon propre argent tout en engrangeant des profits faramineux.

Non, je ne suis pas économiste, mais un de mes proches a réussi ses trois examens du CFA (Chartered Financial Analyst) du premier coup (bravo, proche!). Après des centaines d’heures d’étude sur la finance, et malgré un grand respect pour l’enrichissement personnel et les belles cravates, lui aussi reconnaît que la financiarisation de l’économie est problématique. La financiarisation de l’économie? « Les banques font de l’argent avec de l’argent. Souvent de l’argent dématérialisé, des spéculations sur des richesses inexistantes, des montages financiers légaux, mais complexes et douteux. Bref, les banques ne produisent rien. Elles créent de la richesse sur la richesse et précarisent l’économie tangible. » Et quand l’éclatement d’une bulle spéculative met des familles à la rue, les banques assument leur responsabilité? « Jamais! Les grandes banques seront toujours sauvées de la faillite, Too big to fail, comme disent nos voisins. » Fabuleux! On doit garantir le remboursement de nos prêts tandis que ces institutions sont renflouées par le gouvernement, donc avec notre argent, si elles se plantent.

Je le répète, je ne suis pas un économiste, mais mon ami Jean-Martin Aussant en est un. Je vous rassure, cet expert n’est pas un illuminé de la gogauche qui rêve de faire brûler des banques avec les banquiers dedans. Il a même occupé la vice-présidence d’une importante banque américaine à Londres. Je lui pardonne, car il se consacre à l’économie sociale depuis son retour. Croyez-le ou non, même Jean-Martin reconnaît qu’au niveau national, « Pour les banques, une chose inacceptable a été l’élimination de la taxe sur le capital. Les banques faisaient déjà des milliards de profits et le gouvernement a décidé d’éliminer quand même la taxe sur le capital, ce qui a simplement augmenté leurs profits du même montant. Ça représente plusieurs centaines de millions par année, qui pourraient rebâtir nos écoles et offrir la gratuité scolaire du CPE jusqu’au doctorat. » Fascinant!

Je ne suis toujours pas économiste, mais mon amie Marilou a fait de hautes études dans le domaine. Elle a travaillé pour une grande institution québécoise se targuant d’être pétrie de valeurs humanistes. Malgré une rémunération annuelle enviable (tout de même loin de celle du Directeur général de la RBC Banque Royale, David McKay (12,25 millions en 2016), elle a quitté son emploi. L’obsession du profit à tout prix et l’aversion envers certaines pratiques l’ont rapidement dégoûtée. Un exemple? « On devait offrir davantage aux clients à fidéliser pour les appâter, beaucoup plus qu’à ceux déjà dans notre giron. Nos clients fidèles vivaient une injustice systématique face aux clients des autres banques. » Sympathique!

Je ne serai jamais un économiste, mais si je le devenais un jour, j’aurais besoin d’une grosse dose de mauvaise foi pour arriver à défendre la gloutonnerie de nos institutions bancaires. Les banques nous fourrent. Désolé pour la grossièreté, mais aucun autre terme n’est à la hauteur. On doit tous faire affaire avec des banques, mais en leur confiant notre argent, on participe contre notre gré à la financiarisation et la précarisation de l’économie. Et on se fait tous fourrer, un peu ou beaucoup, chacun selon ses moyens. Personnellement à court terme, et socialement à long terme. Que ces banques ne nous demandent pas d’afficher le sourire béat des clients en extase de leurs publicités hypocrites. Même si on se fait fourrer, on n’est pas obligés de jouir!