Mathieu Darche, directeur des opérations hockey avec le Lightning de Tampa Bay, soulève la coupe Stanley en compagnie de sa femme et ses deux enfants.
Mathieu Darche, directeur des opérations hockey avec le Lightning de Tampa Bay, soulève la coupe Stanley en compagnie de sa femme et ses deux enfants.

Darche n’a pas de regrets

Sylvain St-Laurent
Sylvain St-Laurent
Le Droit
RUBRIQUE — ESPACE LNH / Après le dernier match de la finale de la coupe Stanley, très tard lundi soir, Mathieu Darche assistait aux célébrations dans le vestiaire du Lightning de Tampa Bay.

Son patron immédiat, le directeur général Julien BriseBois, lui a souri.

C’est facile, n’est-ce pas, Mathieu? À ta première année, tu viens de tout gagner!

Darche n’est pas tout à fait d’accord avec cette affirmation.

Rien ne lui a semblé facile au cours de la dernière année.

Même la décision de tout abandonner, à Montréal, pour déménager sa famille a été dure à prendre.

En mai 2019, BriseBois avait des postes à combler au sein de son équipe de gestion. Il a offert à son ami Darche celui de directeur des opérations hockey.

Il rêvait depuis longtemps d’obtenir une telle opportunité. En attendant que le train passe, il s’était bâti une belle vie au Québec.

Il travaillait fort pour construire une structure solide, dans le réseau du hockey scolaire. Cette cause lui tient à coeur.

Il faisait partie de l’équipe de commentateurs hockey de RDS, ce qui lui permettait de garder un pied dans la Ligue nationale.

«J’avais un bon emploi, aussi, chez Delmar. Les propriétaires me traitaient comme si j’étais leur propre fils», insiste-t-il.

«Si j’ai pu prendre cette chance, c’est grâce à ma femme», enchaîne l’homme de 43 ans.


« Ma femme m’a dit que si je n’acceptais pas l’offre, c’était probablement fini, pour moi, le hockey. »
Mathieu Darche

«Je l’ai rencontrée durant mes années à l’Université McGill. C’est une universitaire, elle aussi. Elle avait une carrière à Montréal. Nos fils avaient 14 et 16 ans, l’an dernier, quand j’ai reçu l’offre. Avant de déménager des enfants de cet âge, veux, veux pas, tu hésites.»

«Ma femme a fini par me rappeler que c’était ma chance. Elle m’a dit que si je n’acceptais pas l’offre, c’était probablement fini, pour moi, le hockey.»

Les garçons ne trouvaient pas l’idée mauvaise, au départ. Ils n’étaient pas complètement heureux, non plus, de quitter tous leurs amis pour déménager à l’autre bout du continent.

«Au départ, le plus vieux voulait y aller. Le plus jeune ne voulait pas y aller. Le 1er août, jour de notre déménagement, les deux étaient de bonne humeur. Mes parents sont venus nous reconduire à l’aéroport et ma mère trouvait ça dur. Quand notre avion a décollé, j’ai vu un de mes gars qui remontait son capuchon par-dessus sa tête parce qu’il avait les larmes aux yeux. Ça fend le coeur de voir ça.»

Le sacrifice en valait la peine, en fin de compte.

Mathieu Darche conserve plusieurs photos, dans son portable, des célébrations de la dernière semaine. Ses préférées sont celles où ses garçons soulèvent la coupe à bout de bras.

«Sans eux, je n’aurais pas fait ça.»

La conquête de la coupe Stanley, chez les Darche, aura donc été une affaire d’équipe.

C’est évidemment la même chose pour tous les membres du Lightning.

Durant l’entrevue, on lance – à la blague – que le nouveau directeur des opérations hockey doit avoir joué un grand rôle dans la conquête de la coupe. Après tout, le noyau dur du Lightning n’a pas trop changé au cours de la dernière année.

En 2019, l’équipe a subi l’élimination en première ronde, contre les Blue Jackets de Columbus.

En 2020, elle s’est rendue jusqu’au bout.

Quelque chose s’est forcément passé différemment.

Darche rit, avant d’offrir une réponse plus complète.

«Les changements ont commencé avec l’arrivée du Big Rig, Pat Maroon. Oui, c’est un gars de quatrième trio. Ce n’est pas le meilleur patineur. C’est quand même un gars qui est capable de bien garder la rondelle en territoire offensif. Dans la chambre, il est incroyable.»

Pat Maroon lors du dernier match de la Finale de la coupe Stanley, lundi soir

«Kevin Shattenkirk est arrivé chez nous en colère, avec l’envie de se prouver. Son contrat venait d’être racheté. Chez nous, il est vite redevenu un leader

Les joueurs de soutien acquis à la date limite des transactions, Blake Coleman et Barclay Goodrow, ont complété le portrait. «Ils ont fini par former notre première unité, en désavantage numérique.»

«On a eu besoin de tous ces gars-là.»

Darche offre enfin une piste de réflexion intéressante. Le Lightning a su profiter, selon lui, de la longue pause forcée de la COVID-19.

Le camp d’entraînement qui a précédé le retour au jeu, en juillet, a permis aux nouveaux joueurs de s’acclimater. «On a vu la même chose avec Jean-Gabriel Pageau et Andy Greene, chez les Islanders», note-t-il.

Darche était à son bureau, au Amalie Arena, jeudi matin, quand nous lui avons parlé. Avec le repêchage amateur et la période de chasse aux joueurs autonomes qui approche à grands pas, les dirigeants n’ont pas le temps de prendre congé.

«La fête, c’est pour les joueurs. Nous avons du travail.»

Un beau cadeau de mariage

Mathieu Darche n’est pas le seul membre de l’organisation du Lightning qui était heureux de retrouver ses proches, cette semaine. Nos collègues du Tampa Bay Times ont fait du bon travail pour nous raconter l’arrivée de l’équipe à l’aéroport.

La meilleure histoire, c’est sans doute celle de Lauren Berger, qui a épousé le préposé à l’équipement Jason Berger, au début du mois de juillet. La cérémonie s’est déroulée dans la cour arrière du couple. Les invités étaient réunis sur Zoom.

Le marié a fait le voyage de noces tout seul. Il a passé plus de 65 jours au Canada, dans la bulle.

La jeune mariée est loin de s’en formaliser. Sur le tarmac elle attendait son époux avec un écriteau. «Meilleur cadeau de mariage de l’histoire.»

La dame a quand même reconnu qu’elle a trouvé l’été très long.

«Je viens de traverser les 65 plus dures journées de ma vie. Et j’ai étudié en droit», a-t-elle déclaré au journaliste.

Les frères Schenn à égalité

Une dernière histoire de famille. Quand il est rentré au vestiaire après le match de lundi, Luke Schenn a passé un coup de fil à son petit frère, Brayden.

En 2019, Brayden a remporté la coupe avec les Blues de Saint-Louis. Lundi dernier, il était dans le sous-sol de la maison familiale, en Saskatchewan. Il paraît qu’il portait une casquette du Lightning, tandis qu’il suivait le match à la télévision.

«J’ai eu des frissons», a-t-il confié, en entrevue avec L’Athlétique.