Yvonne Fournier est septuagénaire et pratique l’haltérophilie.

Dans la «force» de l’âge

CHRONIQUE / Yvonne Fournier, d’Orléans, pratique la dynamophilie. Elle excelle à ce sport.

Je sais, je sais. Une parenthèse s’impose avant d’aller plus loin afin d’expliquer ce qu’est la dynamophilie. Personnellement, je n’avais jamais entendu parler de ce sport. Alors voici.

La dynamophilie — le « powerlifting » en anglais — est un peu comme l’haltérophilie, mais elle se démarque par trois mouvements de base qui sollicitent la force pure. Les athlètes, ou les dynamophiles, participent à trois épreuves : la flexion sur jambes, le développé couché et le soulevé de terre.

Il faut être fort, mettons.

Et Yvonne Fournier est forte. Cette Orléanaise s’est classée deuxième dans sa catégorie de poids à l’Omnium d’Ottawa de dynamophilie qui s’est déroulé en juin dernier. Elle a du même coup réussi à se qualifier pour les championnats provinciaux (en novembre prochain) et nationaux (en mars 2019).

Yvonne Fournier est enseignante de carrière, retraitée depuis 15 ans, et elle est âgée de… 70 ans. « J’aurai 71 ans dans deux semaines », précise-t-elle.

Elle mesure 4 pieds 10 pouces, elle pèse 99 livres et elle peut soulever des poids de plus de 125 livres (57 kilos) de ses bras et de ses jambes. Et je me répète, elle soufflera bientôt 71 bougies.

Yvonne Fournier est une force de la nature, c’est le cas de le dire.

« Je m’étais fixé deux objectifs lorsque j’ai pris ma retraite, dit-elle. Je voulais retourner à la chasse avec mon mari, et apprendre l’espagnol. J’ai atteint les deux. »

Mais avant de pouvoir retourner chasser le chevreuil, Mme Fournier devait d’abord retrouver la forme. « Je n’avais pas le choix, dit-elle. Mon mari et moi allons à la chasse sur la Côte-Nord. On passe quatre jours en forêt avec un sac de 50 livres sur le dos et une carabine en main. Et nous chassons du soleil levant au soleil couchant. C’est très exigeant. Et si tu n’es pas en forme, ta carabine va dans toutes les directions à la fin de la journée. »

Alors pour retrouver la forme (et pour éviter d’abattre quelqu’un accidentellement en perdant le contrôle de sa carabine), Yvonne Fournier s’est lancée il y a deux ans dans la dynamophilie. Au grand soulagement de son mari et partenaire de chasse, je devine. Mais pourquoi ce sport parmi tant d’autres ?

« Parce que, premièrement, je suis incapable de rester tranquille, répond-elle en riant. Et deuxièmement, parce que personne de mon âge ne pratique ce sport. J’aime faire ce que les autres ne font pas. Mes amis me trouvent un peu flyée. Mon mari aussi. Mais lui, il est habitué. Et la dynamophilie me garde en forme. »

Mme Fournier s’est donc classée deuxième à l’Omnium d’Ottawa en juin dernier. Elle a soulevé un poids de 132 livres au soulevé de terre, un autre de 72,5 livres au développé couché et, de ses jambes, elle a réussi à soulever un poids de plus de 126 livres.

« La gagnante était âgée de 26 ou 27 ans et elle était plus expérimentée que moi, dit-elle. Il n’y a pas de catégories d’âge à cet omnium, il y a seulement des catégories par poids. Et moi j’étais dans les 47 kilos et moins.

— Croyez-vous pouvoir gagner les championnats provinciaux et nationaux ?

«Oui, je crois que j’ai de très bonnes chances, répond-elle. Je risque même de gagner par défaut.»

— Que voulez-vous dire ?

«Il y a deux catégories à ces championnats, contrairement à l’Omnium d’Ottawa où il n’y a qu’une seule catégorie (poids). Aux championnats provinciaux et nationaux, ils y vont par le poids et par l’âge des compétitrices. Je serai donc dans les catégories 47 kilos et moins, et 70 ans et plus. Je risque d’être la seule athlète dans cette deuxième catégorie (rires). Il y a peut-être d’autres femmes de 70 ans ou plus qui pratiquent la dynamophilie quelque part en province ou au pays et qui prendront part à ces compétitions. Si oui, je ne les connais pas. Mais s’il y en a une ou plus, je serai prête à me dépasser.»

Je parie mon dernier « deux » sur elle...