Mark Borowiecki

Courir pour le corps, courir pour la tête

CHRONIQUE / J’ai appris deux choses intéressantes en ouvrant mon journal, vendredi matin.

Pour commencer, Mark Borowiecki s’est découvert une passion pour la course à pied, cet été.

Ensuite, Borowiecki a fait surface, sur Instagram. Il s’est ouvert un compte pour partager sa nouvelle passion avec le monde entier.

Les deux m’ont surpris.

Je me suis rendu à Kanata, en milieu de journée, dans le but de lui parler de tout ça.

Ça fait 11 ans, maintenant, qu’on connaît et qu’on côtoie ce joueur. Dans ces 11 années, on a compris qu’il ne laissait pas grand-chose au hasard. Il a réussi à survivre aussi longtemps dans le monde du hockey professionnel parce qu’il a su prendre toutes les bonnes décisions.

Je m’étais dit qu’il avait probablement réfléchi à son affaire avant d’épouser ce nouveau style de vie.

Je ne m’étais pas trompé.

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« C’était presque une mode, avant, dans notre domaine. On se plaisait à vomir sur l’entraînement d’endurance. On disait que les hockeyeurs devaient miser sur les poussées d’énergie. On nous demandait donc de nous concentrer sur les entraînements par intervalles », a-t-il commencé.

« C’est drôle, mais j’ai comme l’impression que les choses sont appelées à changer. C’est bien beau, être capable de pousser la machine à fond de train pendant 40 secondes. Mais ça donne quoi, si on est complètement vidés, au terme d’une présence sur la glace de 40 secondes ? Moi, je veux être capable de maintenir le même rythme pendant 60 minutes. »

« Je pense que l’amélioration de mes capacités cardiovasculaires va m’aider à exercer le travail que j’aime pendant longtemps. »

Borowiecki aurait pu s’arrêter là. Déjà, c’était bien.

Mais Borowiecki ne faisait qu’entrer dans le vif du sujet. La course à pied lui vient aussi en aide sur le plan mental.

En ce sens, il n’est pas complètement différent du « vrai » monde.

Dans les tranquilles rues de nos banlieues, chaque semaine, on retrouve des milliers de joggeurs du dimanche. Ce sont de jeunes parents, des professionnels issus de différents milieux qui se précipitent sur les trottoirs dans le but de chasser le stress.

Pour le jeune vétéran des Sénateurs, c’est un peu la même chose. En pire.

« Je suis un type anxieux », rappelle-t-il.

« J’ai toujours les nerfs à vif. Je passe ma vie à me préparer en prévision de la prochaine mise en échec. Je me demande constamment où sera livré le prochain combat. Je n’y peux rien. Je suis programmé ainsi, sur glace et hors glace. Quand je suis en congé, je ne veux pas penser comme ça. Ce n’est pas bon pour moi en tant qu’athlète. Ce n’est pas bon pour moi en tant qu’être humain. Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais quand je cours, cette partie de mon cerveau s’éteint. C’est rafraîchissant. »

« Ma vie est en train de changer. Mon fils verra le jour au mois de février. Je dois prendre soin de ma santé mentale. »

Oh. Pour ceux que ça intéresse, Borowiecki n’est pas un vilain coureur. Dans une publication Instagram, il se targue d’avoir maintenu une cadence de trois minutes et 55 secondes par KM, sur un parcours de 5 KM.

Je me suis amusé. Près de 6800 personnes étaient inscrites au 5K d’Ottawa, lors de la dernière Fin de semaine des courses. À ce rythme, il aurait terminé parmi les 100 premiers.

« Pour moi, c’est un rythme d’entraînement, stipule-t-il. Dans le contexte d’une véritable course, je serais un peu plus rapide. »

Je vous disais que la présence de Borowiecki sur Instagram me surprend. Pour lutter contre l’anxiété, il s’était complètement retiré des réseaux sociaux, il y a quelques années.

Les choses doivent bien aller.