Le dernier rapport sur l’état de l’énergie au Québec est sans équivoque. Les Québécois raffolent des véhicules utilitaires sport et consomment de plus en plus de pétrole.

Courage, M. Legault

CHRONIQUE / Greta Thunberg sera déçue. Les tendances de consommation au Québec sont contraires aux objectifs énergétiques et de réduction de gaz à effet de serre. Le dernier rapport sur l’état de l’énergie au Québec est sans équivoque. Les Québécois raffolent des VUS (véhicules utilitaires sport) et consomment de plus en plus de pétrole. Jusqu’où le gouvernement Legault est-il prêt à aller pour faire basculer ces tendances?

Le chef caquiste François Legault a souvent accusé par le passé les gouvernements de manquer de courage dans certains dossiers. 

Celui de l’environnement en est un où le courage de l’actuel premier ministre sera mis à l’épreuve.

Sans virage majeur d’ici 2030, il n’est pas envisageable d’atteindre nos cibles de réduction de la consommation de produits pétroliers et d’émissions de gaz à effet de serre (GES), conclut la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, dans son rapport sur l’état de l’énergie, rendu public vendredi.

Virage majeur. Ce sont deux mots que les politiciens manipulent habituellement avec soin. D’autant plus dans un domaine comme celui-ci où les contradictions des électeurs abondent. 

Plus de 285 000 Québécois ont signé le Pacte sur la transition lancé par Dominic Champagne. Quelque 500 000 personnes ont manifesté en septembre dernier, à Montréal, avec la jeune Greta Thunberg pour l’environnement. Ce thème réussi aussi parfois à se glisser dans les priorités identifiées par les Québécois qui ont pourtant élu une formation politique qui en faisait très peu état à la dernière campagne électorale.   

Dans le quotidien et dans le pratico-pratique, la transition énergétique et les efforts pour lutter contre les changements climatiques se font attendre.

L’écoanxiété ne perturbe pas encore les ventes de pétrole et de camions légers, et réduire la consommation d’électricité dans nos résidences, notamment aux périodes de pointe, est loin d’être une obsession. La ressource est abondante et à bon prix, on dépense sans trop compter. 

La Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal signale une fois de plus le Québec reste la province où les prix de l’électricité sont les plus bas, tant pour les consommateurs résidentiels qu’industriels, faisant ainsi de nous les plus grands consommateurs d’électricité au Canada.

Difficile pour un gouvernement de se positionner.

Il doit d’une part convaincre les uns qu’il prend l’urgence climatique au sérieux et pose les gestes concrets nécessaires.

Et de l’autre, pour éviter de perdre des votes au prochain scrutin, il doit veiller à ne pas braquer les électeurs en leur imposer des charges supplémentaires. 

Prenons l’exemple des tarifs d’électricité. Le gouvernement caquiste a eu beaucoup de mal à se dépêtrer des trop-perçus d’Hydro-Québec et sa «promesse» de remboursement. Son projet de loi 34 a été décrié de toutes parts, y compris des consommateurs.

Québec y pensera donc deux fois avant de jouer dans les tarifs, et ce, même si un prix bas n’incite pas à économiser l’électricité. 

Les auteurs du rapport sur l’état de l’énergie au Québec, Pierre-Olivier Pineau et Johanne Whitmore, notent par ailleurs que si la tendance observée entre 2013 et 2018  en matière de consommation de pétrole se maintient, les ventes totales de produits pétroliers seront en 2030 32% plus élevées qu’en  2013, alors que la cible était de - 40%. 

Sachant qu’il est toujours difficile et délicat pour des politiciens de parler de taxes, le gouvernement caquiste songera-t-il à cesser de taxer le plein d’essence pour taxer le kilométrage parcouru? 

Taxe kilométrique, plateformes numériques de covoiturage, incitatifs pour les véhicules en libre service font partie des voies suggérées à Québec pour diminuer la consommation de pétrole.

Le gouvernement Legault présentera en 2020 son plan d’électrification et de changements climatiques. Pineau et Whitmore souhaitent que ce plan s’avère plus qu’un changement de nom. Ils espèrent que le plan contiendra des «orientations musclées qui permettront au Québec de réduire ses émissions tout en faisant croître son économie». 

Orientations musclées. C’est une autre combinaison de mots qu’utilisent avec parcimonie les politiciens.

Mais si le premier ministre et son équipe font preuve de ce courage si cher à M. Legault, peut-être serons-nous agréablement surpris.