Denis Gratton
Les maires d'Ottawa et Gatineau, Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin, ont demandé à leurs résidants de rester chez eux.
Les maires d'Ottawa et Gatineau, Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin, ont demandé à leurs résidants de rester chez eux.

Couper les ponts

CHRONIQUE / Le message des maires d’Ottawa et de Gatineau ne peut être plus clair: Restez chez vous !

«Faire preuve de solidarité, aujourd’hui, cela veut parfois dire rester chacun chez soi», peut-on lire dans un communiqué de presse signé par Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin.

Jamais je n’aurais pensé ni même imaginé entendre de tels propos venir de ces deux maires. Eux qui ne ratent jamais une occasion de se serrer la pince, de discuter de partenariat, d’échanges, de services arrimés et de bon voisinage.

Il n’a suffi que d’un petit virus – un microscopique virus – pour venir tout chambouler. À compter d’aujourd’hui, et jusqu’à nouvel ordre, restez de votre côté de la rivière. Les cinq ponts ne sont là que pour des urgences. Compris ? Gardez vos bibittes chez vous, nous garderons les nôtres chez nous.

Mais ce que disent les maires revient à ce que les premiers ministres québécois et ontarien, François Legault et Doug Ford – ainsi que le premier ministre canadien Justin Trudeau – martèlent depuis des jours: restez à la maison. Limitez vos sorties à leur plus strict minimum.

Ce n’est pas le temps de faire des allers-retours entre la maison à Ottawa et le chalet à Notre-Dame-du-Laus. Restez chez vous.

Ce n’est pas le temps d’aller acheter sa bière au Costco ou au Rapido de Gatineau parce qu’elle est moins chère qu’en Ontario. Restez chez vous.

Ce n’est pas le temps d’aller à la LCBO d’Ottawa parce que le vin est moins cher qu’au Québec. Restez chez vous.

Nous n’en sommes pas au «chacun pour soi». Bien au contraire ! Nous en sommes au «un pour tous, tous pour un». On doit tous faire un effort pour en finir avec ce satané virus. Et parmi ces efforts, il y a celui de rester à la maison. Chacun de notre côté, et pour le bien de tous. C’est drôle à dire, mais, par ces temps surréels que nous vivons, la solidarité passe par l’isolement.

Bien entendu, on ne peut pas ériger un mur à la frontière Ontario-Québec. Ni installer des barricades sur les ponts. Il y a plusieurs personnes qui exercent des métiers essentiels qui doivent traverser la frontière presque quotidiennement. Une infirmière de l’Hôpital Montfort qui habite Gatineau, par exemple. Ou un pompier du Service des incendies de Gatineau qui habite Ottawa. Ces gens n’ont pas le choix. Et Dieu merci qu’ils soient en poste.

Mais d’autres font des choix… comment dirais-je ? Des choix douteux, mettons.

Je partage avec vous des extraits d’un courriel reçu hier d’une lectrice prénommée Danielle:

«Bonjour,

«Je vis à Chelsea. Tous les jours, ma voisine et moi marchons 90 minutes et nous changeons de trajet chaque jour. (J’espère que vous gardez deux mètres de distance entre vous deux, Danielle…)

«Samedi, nous avons choisi le sentier La Sucrerie (à Old Chelsea) et, pas moyen de stationner, les Ottaviens étaient partout. On a rencontré à peu près 300 personnes (sur le sentier), certains marchant en groupe. Nous n’avons pas aimé ça.

«Dimanche, nous avons fait une marche urbaine. Nous sommes parties de l’hôtel de ville de Gatineau (rue Laurier), nous avons traversé le pont Alexandra et sommes passées par le marché By et le parlement. Nous avons rencontré 50 personnes tout au plus. Comme quoi c’est le monde à l’envers.

Danielle P.»

Voilà exactement ce qu’il ne faut plus faire. Vos marches, chers Ottaviens, prenez-les dans votre quartier. Oui, c’est beau et bucolique Old Chelsea. Mais ce sera toujours aussi beau une fois que ce virus aura complété ses ravages. Et sachez que le parc de la Gatineau est fermé au public depuis lundi soir.

Et vous, chers Gatinois, laissez le marché By aux Ottaviens pour quelques semaines s’il vous plaît. Oui, c’est plaisant de flâner dans le marché. Et ce le sera toujours une fois que la Terre recommencera à tourner. Et sachez que pratiquement tous les commerces de ce secteur touristique sont maintenant fermés.

Soyons solidaires en restant chez nous, chacun de notre côté.

Et lorsque cette crise sera finalement derrière nous, donnons-nous rendez-vous pour un pique-nique sur le pont. Comme dans le bon vieux temps…