Le gouvernement Legault a cumulé plusieurs vraies erreurs. Mais il lui reste des munitions politiques dans sa besace. Le ministre Eric Girard n’a dévoilé qu’une partie des atouts qu’il possède, jeudi.

Conte de fées, yoyo et cachotteries

CHRONIQUE / Le conte de fées vécu jusqu’ici par le gouvernement Legault tient beaucoup à l’accent qu’il a mis sur les questions dites identitaires, ainsi qu’à l’incroyable situation des finances publiques — laquelle a de nouveau permis jeudi au ministre des Finances, Eric Girard, de répéter qu’il remet «de l’argent dans le portefeuille des Québécois».

Mais comme disait feu Bernard Landry, dont s’est réclamé François Legault cette semaine, plus on gouverne, plus on accumule le nombre de mécontents... C’est inévitable.

Qu’en sera-t-il après cette semaine calamiteuse pour le gouvernement, qui a pensé avoir raison contre tous sur le Programme de l’expérience québécoise?

Tout conte de fées se termine un jour. Pour un gouvernement, le tout est de retarder l’effet de la fameuse addition des mécontents. Mais encore faut-il, pour que cette addition ait un effet politique, qu’il ait au moins devant lui un parti d’opposition jugé crédible par suffisamment de citoyens.

Le gouvernement Legault a cumulé plusieurs vraies erreurs. Mais il lui reste des munitions politiques dans sa besace. Le ministre Eric Girard n’a dévoilé qu’une partie des atouts qu’il possède, jeudi.

À examiner les surplus budgétaires qu’il a présentés, ce n’est même plus un contraste avec les débuts des gouvernements de Pauline Marois et de Philippe Couillard; ou avec celui de Lucien Bouchard — pour remonter plus loin dans le temps. C’est totalement un autre monde! Jamais depuis longtemps une équipe gouvernementale au Québec n’a disposé d’autant de moyens.

La «réserve de stabilisation», qui peut permettre de faire face à un éventuel ralentissement économique, est en plus bien garnie.

L’année financière terminée le 31 mars dernier affiche finalement un surplus budgétaire de 8 milliards $ — de 4,8 milliards $ après les versements effectués au Fonds des générations. Dire que le ministère des Finances avait prévu au tout départ qu’il faudrait puiser 1,5 milliard $ dans la réserve de stabilisation pour parvenir à l’équilibre financier!

Ce n’est pas un mince écart sur un budget global de 115 milliards $. Un éventuel Directeur parlementaire du budget, comme le propose Québec solidaire, permettrait d’y voir plus clair plus rapidement.

Certes, tout ne se prévoit pas. Les variables sont nombreuses. Mais, à force, on finira par avoir l’impression de cachotteries.

Pour l’année financière en cours, celle qui se terminera le 31 mars prochain, le ministère des Finances prévoit maintenant un surplus budgétaire de 1,4 milliard $ (après un versement de 2,6 milliards $ au Fonds des générations). Il aurait été gênant cette fois-ci de ne prévoir qu’un simple équilibre des comptes, comme cela a été le cas ces dernières années.

La prévision aurait été encore plus élevée si le gouvernement n’avait pas devancé la réalisation de certains engagements, soit la bonification complète de l’Allocation famille, le retour du tarif unique pour les services de garde subventionnés et la baisse des tarifs de stationnement des établissements de santé. Avec raison, ces mesures seront appréciées par les familles québécoises et par bien des Québécois en général.

Mais là où je veux en venir avec la mise en exergue de ce grand yoyo budgétaire entre prévisions et surplus réels, c’est à la chose suivante : ce n’est pas parce que le ministère des Finances a établi ses prévisions des prochaines années en tenant compte d’une augmentation globale des salaires des employés des secteurs public et parapublic collée à l’indice d’inflation qu’il faut prendre cela pour argent comptant. En filigrane, il y a un yoyo qu’on ne voit pas dans les chiffres, mais qui est là.

Pour l’heure, ce qu’a inscrit le ministère des Finances dans ses documents n’est qu’une position de négociation; une position de départ.