Le maire de Gatineau et les membres de son parti attendaient de pied ferme la conseillère Louise Boudrias.

Conseil de village

CHRONIQUE / Avez-vous écouté les discussions du conseil municipal de Gatineau, mardi après-midi ?

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin et son parti Action Gatineau attendaient de pied ferme la conseillère Louise Boudrias. Celle-ci a prétendu, la semaine dernière, que Gatineau se classait en tête des grandes villes du Québec en ce qui trait au pourcentage du budget consacré à la masse salariale. Il est temps de stopper cette hausse, disait-elle, qui gruge l’épargne des Gatinois…

Le hic, c’est que Mme Boudrias s’est trompée. Gatineau n’est pas en tête des grandes villes. Elle vogue plutôt, bien pépère, en milieu de peloton en ce qui a trait au pourcentage de sa masse salariale.

Cédric Tessier, le pitbull d’Action Gatineau, était trop heureux de lui ramener son erreur sur le nez. Il lui a rivé son clou en citant une étude du HEC Montréal. Outrée, Louise Boudrias a rétorqué qu’elle a travaillé avec les chiffres dont elle disposait. Et que, contrairement à Action Gatineau, elle n’avait pas les moyens de se payer un attaché politique pour l’aider à faire des calculs compliqués.

Il s’en est trouvé un ou deux au conseil pour prendre la défense de Mme Boudrias. Pour dire, essentiellement, qu’on n’avait pas à humilier de la sorte une conseillère qui essayait de contribuer de son mieux au débat public.

Ce que j’en retiens ?

Que si je ne m’imposais pas d’écouter les délibérations du conseil sur le Web pour des motifs professionnels, j’aurais changé de poste. Ces petites guerres politiques sont peut-être nécessaires, elles me semblent bien loin des préoccupations du citoyen.

Bien oui, Mme Boudrias s’est gourée.

Je ne reproche pas à Cédric Tessier d’avoir rétabli les faits. C’est l’odeur de règlement de compte qui m’achale. M. Tessier a planté Mme Boudrias. Et il l’a fait, m’a-t-il semblé, avec une jubilation toute partisane. Les échanges qui ont suivi ont pris un tour de plus en plus personnel. Au point où le président de l’assemblée a cru bon d’intervenir. À l’ordre, messieurs, dames, à l’ordre…

Les fans de politique et les amateurs de lutte gréco-romaine auront sans doute apprécié l’odeur de sang qui se dégageait des échanges. Les citoyens tannés de voir les politiciens se crêper le chignon y trouveront plutôt de quoi alimenter leur cynisme. Dans tous les cas, ça faisait un peu conseil de village.

Tout ça le jour où Gatineau, quatrième plus grande ville au Québec, une ville qu’on dit en train de se donner une voix forte partout où ça compte, adoptait un impressionnant budget de 600 millions de dollars.

Un bon budget d’ailleurs.

Il accorde une large place aux infrastructures. De l’asphalte, des aqueducs et des égouts, en veux-tu, en voilà : 80 millions pour le boulevard Saint-Joseph, 25 millions pour la rue Notre-Dame, 26 millions pour le réseau routier, 80 millions pour les usines d’eau potable et d’eaux usées, de même que leurs conduites souterraines…

L’administration Maxime Pedneaud-Jobin s’est souvent fait reprocher de prioriser les bibliothèques au détriment de l’asphalte. Il se dégage pourtant de ce budget une insistante odeur de bitume.

L’impôt foncier augmente de 2,1 %. La faible hausse depuis 2005, même si ça demeure une hausse.

Les politiciens d’une autre époque gelaient systématiquement les taxes par intérêt politique. On paie encore le prix aujourd’hui pour cette gestion irresponsable qui a laissé la plupart des villes canadiennes avec des infrastructures en piètre état.