L’histoire de la région ferait bientôt son entrée dans les salles de classes.

Comprendre d’où l’on vient

CHRONIQUE / Il était temps !

L’histoire locale et régionale sera bientôt enseignée dans plusieurs écoles primaires et secondaires de l’Outaouais, nous apprend mon collègue Mathieu Bélanger.

Deux commissions scolaires, des Draveurs et des Portages de l’Outaouais, fourniront du matériel pédagogique aux profs pour qu’ils puissent enseigner notre passé à leurs élèves.

Je n’y vois que du bon, surtout dans une région comme la nôtre qui se cherche depuis longtemps une identité propre.

Or une identité, ça ne s’invente pas du jour au lendemain. Il faut que ça s’incarne dans quelque chose. Dans l’histoire entre autres. Dans les grands accomplissements du passé. Dans les grandes tragédies aussi. Tout ce qu’on apprendra à nos enfants sur l’histoire locale les aidera non seulement à développer leur sentiment d’appartenance envers la région, mais aussi à mieux comprendre ce qui s’y passe aujourd’hui.

On pourra leur parler de la glorieuse et dangereuse époque de la drave, de Jos Montferrand et de ses affrontements épiques avec les Irlandais, du grand feu de Hull, des expropriations du Vieux-Hull, des allumettières…

L’initiative est d’autant plus intéressante que l’histoire de l’Outaouais a des caractéristiques uniques. Elle est le berceau de l’industrie du bois au Canada. C’est du Pontiac que venaient les grands pins blancs servant à fabriquer les mats des navires britanniques.

J’espère qu’on en profitera aussi pour parler du passé autochtone et du fait qu’une bonne partie des terres de la région sont en territoire algonquin non cédés. 

En fait, il faudrait enseigner l’histoire locale non seulement aux enfants, mais aussi à leurs parents. Par bonheur, il semble y avoir un mouvement en ce sens ces dernières années. Qu’on pense au projet de musée régional, aux Chemins d’eaux, au sentier culturel ou à la mise en valeur des chutes Chaudières.

Comme beaucoup d’habitants de le région, je ne suis pas originaire de l’Outaouais. Je m’y suis établi pour des raisons professionnelles. Il m’a fallu du temps avant de ressentir un véritable sentiment d’appartenance envers ma région d’adoption. Pourquoi ?

Il y a plusieurs raisons. Mais l’une d’elles, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de repères historiques qui permettent aux nouveaux-venus de s’identifier à l’Outaouais. Des quartiers entiers ont disparu au siècle dernier. Que ce soit en raison d’incendies, d’expropriations ou au nom du développement économique. Peut-être aussi à cause d’un certain je-m’en-foutisme à l’endroit patrimoine.

Encore aujourd’hui, je m’étonne chaque fois que je passe devant le cimetière St. James. C’est là, en bordure du boulevard Taché, qu’est enterré Philemon Wright, le fondateur de Hull. Pourtant, il n’y a pas un panneau, pas une mention, pas le moindre effort pour mettre sa présence en valeur. C’est fou, non ?

L’été dernier, je marchais le long de la rivière des Outaouais, dans le secteur Hull, avec Michel Prévost, le président de la Société d’histoire de l’Outaouais. Il voulait me montrer les nombreuses plaques historiques volées dans le secteur. Il s’indignait, avec raison, de ce que la plupart n’étaient pas remplacées. 

À mi-parcours, M. Prévost s’était soudainement arrêté au milieu d’une sente étroite longeant la rivière. Nous étions sur un vieux sentier de portage, le même qu’empruntaient les grands explorateurs du début de la colonie. « Réalises-tu, me dit-il d’un ton grave, que Samuel de Champlain a marché sur ce sentier ? Qu’il a foulé l’endroit précis où tu te trouves présentement ? »

Non, je ne le réalisais pas. Et je ne suis certainement pas le seul.

En Outaouais, on dirait que ce sont toujours les mêmes irréductibles qui montent aux barricades quand une maison centenaire est en péril ou qu’un projet immobilier menace un quartier historique.

Les seuls à pouvoir nous donner une perspective historique sur des décisions qu’on prend aujourd’hui.

En enseignant l’histoire régionale dans nos écoles, on peut espérer que d’autres viendront grossir leurs rangs. 

Après tout, il est toujours plus facile de décider où l’on va quand on sait d’où l’on vient.