Denise Bombardier a créé des vagues en déclarant que toutes les communautés francophones du pays avaient disparu. Elle en a rajouté en disant qu’il n’y avait pas d’université francophone à l’ouest de l’Ontario.

Comment anéantir l’Ontario français

CHRONIQUE / Au fil du temps, j’ai appris que les Franco-Ontariens possèdent un redoutable talent pour l’autodérision. Un talent très utile lorsque vient le temps de répliquer à la non moins redoutable romancière et chroniqueuse Denise Bombardier.

Vous le savez, Mme Bombardier a créé des vagues d’un bout à l’autre du pays en déclarant à la populaire émission Tout le monde en parle qu’à peu près toutes les communautés francophones du pays avaient disparu. C’est faux, et il s’en est trouvé quelques-uns pour le lui dire.

Pensez-vous qu’elle a compris ? Apparemment non. Mme Bombardier en a remis une couche à l’émission La Soirée est encore jeune. Elle a déclaré qu’il n’y avait pas d’université francophone à l’ouest de l’Ontario. Pardon ? Et l’université Saint-Boniface au Manitoba ? La cité universitaire francophone de Régina ? Le campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta ?

C’est à croire qu’elle le fait exprès. Pour un peu, on croirait que Mme Bombardier a un livre à vendre et qu’elle picosse les communautés francophones juste pour se faire de la publicité. Si c’est le cas, pas à dire, ça marche !

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Denise Bombardier tient absolument à avoir raison ? Des Franco-Ontariens ont décidé de combattre le mal par le mal et de faire preuve de cette autodérision qui a fait la marque d’artistes franco-ontariens comme le groupe Improtéine et l’humoriste Katherine Levac.

Lors d’un récent congrès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, ils ont accouché d’un rapport qu’on pourrait réintituler : comment anéantir l’Ontario français en 10 étapes faciles.

« On s’est dit qu’on allait prendre Mme Bombardier au mot, explique Dènik Dorval, un jeune agent de développement qui était responsable de l’atelier de discussion. On a pris les choses à l’envers, par l’autre bout de la lorgnette. Et cette approche a beaucoup fait réagir les gens. »

L’atelier a abouti sur la rédaction d’un rapport sur la marche à suivre pour éradiquer l’Ontario français de la carte — et enfin donner raison à Denise Bombardier.

Le plan est d’une simplicité enfantine. Les Franco-Ontariens n’ont qu’à baisser les bras et laisser l’assimilation accomplir son travail de sape sans la moindre résistance.

Au lieu d’insister pour se faire servir en français au restaurant, à l’hôtel de ville ou au palais de justice, les Franco-Ontariens n’auront qu’à switcher à l’anglais. Tellement plus simple pour tout le monde.

Au lieu de se battre pour faire reconnaître leurs acquis en enchâssant le bilinguisme officiel de la Ville d’Ottawa dans une loi provinciale, ils n’auront qu’à faire confiance au maire en place quand il leur dit que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Si jamais Doug Ford décide d’imiter Mike Harris et veut fermer l’hôpital Monfort, les Franco-Ontariens n’auront qu’à le laisser faire sans réagir.

Après tout, l’important, c’est d’avoir de bons soins. Quelle importance si le personnel ne parle que l’anglais ?

Les francophones devront aussi cesser de prétendre qu’ils font une différence en Ontario. À quoi bon ? C’est tellement plus facile de donner raison à Doug Ford qui affirmait en campagne électorale que les Franco-Ontariens sont des contribuables comme les autres — rien de plus.

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Ce serait tellement plus facile de baisser les bras et de donner raison à Denise Bombardier. Au contraire, celle-ci a donné l’occasion aux Franco-Ontariens de démontrer qu’ils se sentent responsables de leurs communautés et qu’ils tiennent à les garder bien vivantes. Pour y arriver, ils vont continuer de se battre. Et faire tout le contraire de ce plan farfelu qu’ils ont fomenté pour anéantir l’Ontario français…