Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Les 67’s de 2020, comme les Expos de 1994, ne pourront jamais vraiment savoir à quel point ils étaient bons.
Les 67’s de 2020, comme les Expos de 1994, ne pourront jamais vraiment savoir à quel point ils étaient bons.

Comme les Expos de 1994, vraiment?

CHRONIQUE / On l’a écrit - deux fois plutôt qu’une - dans notre édition de mardi.

Les 67’s d’Ottawa de 2020 sont comme les Expos de Montréal de 1994.

Les 67’s de 2020, comme les Expos de 1994, ne pourront jamais vraiment savoir à quel point ils étaient bons.

La saison 1994 du Baseball majeur a été annulée en raison d’un conflit de travail opposant les joueurs et les propriétaires.

La saison 2019-20 du hockey junior majeur canadien a été interrompue en raison de la COVID-19.

J’ai trouvé la comparaison intéressante.

J’ai tendance à trouver toutes les comparaisons avec nos «Z’amours» amusantes.

Je me suis quand même demandé à quel point elle tient la route. Ça fait que je me suis mis à chercher quelqu’un qui serait bien placé pour nous en parler.

Ça n’a pas été trop compliqué.

En début d’après-midi, mercredi, j’avais Darrin Fletcher au bout du fil.

Fletcher vit aujourd’hui dans l’Illinois, en plein coeur du pays qui pourrait vite devenir l’épicentre de la pandémie.

Avant de se mettre à raconter ses souvenirs, il tient à nous rappeler que le contexte est différent.

«En 1994, on se chicanait autour d’une simple question d’argent. Personne n’avait de sympathie pour les joueurs. Personne n’avait de sympathie pour les propriétaires.»

«Nous faisons cette année face à une crise planétaire. Un jour, tout le monde comprendra l’ampleur de ce que nous traversons.»

On s’entend.

La vingtaine de jeunes adultes qui jouaient sous André Tourigny vont éventuellement comprendre que la planète avait grand besoin de s’accorder une pause, au printemps 2020.

Certains l’ont peut-être déjà compris.

On peut quand même avoir un peu d’empathie pour eux. Ils ont passé sept mois à bâtir quelque chose, ensemble. Ça commençait à être beau.

On sait qu’il y a pire. Des pères et des mères de famille perdent leurs emplois. Des entreprises ferment leurs portes. Des gens risquent de mourir.

C’est quand même plate, de se rendre si loin, en équipe, pour aboutir dans un cul-de-sac.

«Ça fait mal, convient Fletcher. Tu sais que t’as une bonne équipe parce que t’as déjà gagné plein de matches. Quand tu te rends si loin, tu aimerais avoir la chance de voir si tu peux gagner des matches plus importants.»

«Si on regarde ça strictement sous cet angle, j’imagine qu’il y a des similitudes entre ce que nous avons vécu à l’époque, et ce que ces jeunes hommes vivent aujourd’hui.»

Dans notre édition de mardi, nous avons rapporté les propos de l’entraîneur-chef des 67’s, André Tourigny.

«Ça va me rendre fou de ne jamais savoir jusqu’où nous aurions pu aller», nous a-t-il confié.

Ça risque d’être vrai.

Le rêve des Expos est mort le 12 août 1994, quand la grève a été déclarée dans les Ligues majeures de baseball.

Vingt-cinq ans plus tard, Darrin Fletcher continue d’y penser.

«Quand la saison 1994 a été officiellement annulée, on savait que nous avions perdu notre meilleure chance de gagner un championnat. On savait bien que la direction du club ne ramènerait pas tout le monde pour la saison 1995.»

Les 67’s vont aussi perdre des gros joueurs durant la saison morte.

Marco Rossi pourrait jouer dans les rangs professionnels, en Europe. Kevin Bahl et Mitchell Hoelscher devraient faire le saut dans la Ligue américaine. Joseph Garreffa, Noel Hoefenmayer et Austen Keating seront trop vieux pour évoluer dans la LHOntario.

«Cette saison 1994, on ne va jamais l’oublier. Quand j’ai quitté Montréal, je me suis joint aux Blue Jays de Toronto. J’ai passé presque 12 saisons dans les Ligues majeures. Je n’ai jamais eu la chance de goûter aux séries éliminatoires. Il y a comme un astérisque à côté de mon nom. La grève m’a fait perdre ma seule opportunité. Ça me hante. C’est difficile. C’est vraiment difficile.»

On peut tisser un parallèle, ici, également.

Tous les joueurs qui évoluent dans les rangs juniors n’ont pas la chance de passer au niveau supérieur. Rossi, Bahl et Hoefenmayer auront sans doute la chance de vivre d’autres beaux printemps, quand la crise sera derrière nous. Ce ne sera pas le cas de tous leurs coéquipiers.

Fletcher a repris un refrain bien connu des amateurs de balle québécois, durant notre conversation de mercredi. «Une conquête de la Série mondiale, en 1994, aurait probablement sauvé l’organisation des Expos.»

Les 67’s ne sont pas dans le pétrin. N’empêche. Une conquête de la Coupe Memorial aurait pu leur apporter une visibilité qui aurait rendu les prochaines années bien plus faciles, dans les années à venir.