Patrick Duquette
Guillaume Charbonneau, Martin Villeneuve et Dereick Clement (à l’avant) de la Gatineau Pro Wrestling.
Guillaume Charbonneau, Martin Villeneuve et Dereick Clement (à l’avant) de la Gatineau Pro Wrestling.

Comme au temps de Hulk Hogan

CHRONIQUE / Le gars devait mesurer, quoi, 6 pieds 2 ? Un torse de taureau, d’impressionnants biceps couverts de tatouages…

Et pourtant, le colosse hésitait à se lancer.

La scène se passe sur un ring installé dans un local du parc industriel de Buckingham. Depuis mardi dernier, on y donne des cours de lutte professionnelle. Vous vous rappelez la belle époque de la WWF avec Hulk Hogan, Macho Man et Ultimate Warrior ?

Cette lutte-là.

Le colosse, qui en est à sa cinquième leçon, s’apprête à tenter un Front Flip Bump. Autrement dit, à effectuer une culbute aérienne avant de se laisser tomber sur le dos au milieu du ring. Tout ça dans un seul mouvement fluide et parfaitement exécuté. Faute de quoi, torse de taureau ou pas, il risque de se casser la gueule…

Autour du ring, d’autres lutteurs l’encouragent.

« Prends ton temps, vas-y quand tu te sens prêt ! », lui lance Dereick Clément, une armoire à glace de 310 livres qui a fait ses classes avec le célèbre lutteur Jacques Rougeau. « Thunder », de son nom de scène, est le champion en titre de la Gatineau Pro Wrestling (GPW) et l’un des propriétaires de la nouvelle école de lutte.

« Prends ton temps, mais pas trop, il y en a d’autres qui veulent s’essayer », ajoute à la blague Martin Villeneuve, alias Crow Catana, un habitué des galas de la GWP en Outaouais.

À mes côtés, Guillaume Charbonneau — Knight Man de son nom de scène — observe les hésitations de l’élève. « La difficulté, avec la lutte, c’est de convaincre ton cerveau que tu ne te feras pas mal en tombant ». Plus facile à dire qu’à faire ! Puis, s’adressant à l’apprenti lutteur : « Si tu y vas, vas-y à fond, pas à moitié. Sinon, tu risques une blessure ! »

Le colosse finit par se lancer et… bang ! Après une culbute dans les airs, il retombe à plat, sur le dos, produisant un bruit impressionnant. Les gens s’imaginent que le plancher du ring est un trampoline. C’est plutôt un simple matelas posé sur des madriers de métal…

Depuis mardi dernier, on donne des cours de lutte professionnelle sur un ring installé dans un local du parc industriel de Buckingham.

Mais le colosse se relève indemne, un sourire triomphant sur le visage.

« Tu t’es fait mal ? »

« Je n’ai rien senti ! », m’assure-t-il.

Thunder se tourne vers moi, sourire en coin. Comme au judo, tout est question de bien savoir tomber, m’explique-t-il. C’est d’ailleurs la première chose enseignée aux aspirants lutteurs. À tomber en frappant le sol des deux mains afin de dissiper l’onde de choc. « Quand tu maîtrises l’art de la chute, ça ne fait aucune différence que tu tombes de 2 pieds de haut ou de la troisième corde du ring », m’assure Thunder.

À ce moment, un autre apprenti lutteur sort du ring, le front en sueur, après avoir expérimenté la technique pour se lancer dans les câbles. Marc Villeneuve, 48 ans, était intrigué par la lutte professionnelle. Il est venu l’essayer. « Ceux qui disent que c’est juste du ‘fake’ devraient l’essayer aussi, dit-il, le souffle court. C’est du sport ! »

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Les cours se déroulent les mardis et jeudis soir, de même que le samedi matin.

Cette école de lutte « familiale » est un vieux rêve de Thunder, Knight Man, Crow Catana et de leur copain Éric Carpentier.

Le quatuor fait de la lutte depuis des années. Ils ont appris le métier dans les galas de Jacques Rougeau. « On a même fait le stade Jarry avec lui », m’explique Guillaume Charbonneau.

« Quand Jacques a pris sa retraite, nous lui avons acheté son ring avec l’idée d’organiser des galas en Outaouais. On voulait revenir à la bonne vieille lutte qu’on pouvait regarder en famille dans les années 1980 avec Hulk Hogan. »

Ils ont donc fondé la GWP. « Ça fait seulement un an et nos galas se déroulent déjà à guichets fermés avec 300 à 400 personnes chaque fois. On a même fait le Casino ! », poursuit Guillaume Charbonneau.

« Dès le départ, notre but était de faire assez d’argent pour lancer notre école de lutte professionnelle. On veut perpétuer notre passion et assurer une relève. On enseigne une lutte avec de belles valeurs. Chez nous, pas de chaises brisées sur la tête ou de vulgarité. Lors des galas, 40 % de notre clientèle est composée d’enfants. »

L’école de lutte est située au 208, rue Sauvé, dans le secteur Buckingham. Les cours se déroulent les mardis et jeudis soir, de même que le samedi matin. Il faut avoir 14 ans ou plus. Info : Thunder_dc40@hotmail.com