Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Chris Neil a pris sa retraite du hockey professionnel il y a trois ans.
Chris Neil a pris sa retraite du hockey professionnel il y a trois ans.

Coach Neiler

CHRONIQUE / Lorsque Chris Neil a décidé d’accrocher ses patins, il y a trois ans, des gens de son entourage étaient inquiets.

Enfin, le mot «inquiets» est peut-être fort. Le mot «préoccupés» était plus approprié, mettons.

Les hockeyeurs vivent souvent une période difficile à la retraite.

Dans certains cas, le deuil est très dur à faire.

Dans la plupart des cas, ce sont les joueurs qui apprécient autant les séances d’entraînement que les matches. Ces joueurs apprécient plus que tout l’environnement particulier du vestiaire. Pour ces joueurs, pour qui les coéquipiers sont plus que des coéquipiers. Ce sont des membres de la famille. Ce sont des frères.

Neil remplissait toutes ces cases.

Trois ans plus tard, l’ancien homme fort des Sénateurs d’Ottawa se porte plutôt bien.

Je le sais, je l’ai croisé, presque par accident, il n’y a pas si longtemps.

«Quand l’heure de la retraite a sonné, j’ai commencé à me chercher une nouvelle équipe. Et je n’ai pas eu de misère à la trouver! Ma nouvelle équipe, c’est ma famille. J’ai décidé de m’impliquer davantage dans la vie de mes enfants. C’est simple. C’est un no brainer», m’a-t-il dit.

Chris Neil

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Les retraités du hockey qui ont du mal à se détacher du vestiaire trouvent parfois une façon de combler le vide en se lançant dans le coaching.

J’ai côtoyé Chris Neil, quotidiennement, pendant une bonne quinzaine d’années. J’avais beaucoup de mal à l’imaginer derrière un banc.

Je ne pensais pas, honnêtement, qu’il était fait pour ça.

Et pourtant...

Sa «nouvelle équipe» compte trois jeunes joueurs de hockey mineur.

Hailey, l’aînée de son clan, évolue au niveau récréatif. «Je ne suis pas son entraîneur, mais j’ai beaucoup de plaisir à la regarder jouer. Le hockey féminin continue d’évoluer.»

Cole, son premier fils, joue dans un club compétitif M12. Il est son entraîneur-chef.

Finn, le cadet, fait partie d’une formation M10. Avec lui, il occupe un rôle d’adjoint.

«Sur la patinoire, je traite chaque enfant de la même façon. Je traite tous les joueurs comme s’ils étaient mes propres enfants.»

Cette perspective a un (tout petit) quelque chose d’effrayant.

Neil est membre d’un club plutôt exclusif. Dans toute l’histoire de la LNH, une douzaine de joueurs ont atteint les plateaux des 1000 matches et des 2500 minutes de pénalité.

«Personne ne s’attendait à ce que je me rende aussi loin. Je dois reconnaître que je me suis un peu surpris, moi-même...»

Pour jouer aussi longtemps, il a fallu que Neil travaille plus fort que tout le monde. Pas juste durant les matches. Pas juste durant les séances d’entraînement régulières. Les pauvres types qui étaient obligés de l’affronter dans des matches amicaux, l’été, conservent de très douloureux souvenirs.

Neil ne peut pas demander aux enfants de travailler aussi fort que lui. Ce serait impossible.

«Tous les enfants sont différents, dit-il. Certains ont beaucoup de talent. Pour d’autres, le hockey, c’est moins facile. Mon rôle consiste à connaître la personnalité de chaque joueur pour trouver les meilleures façons de les motiver.»

Comme entraîneur de hockey mineur, Neil se montre d’abord très exigeant envers lui-même.

«Je coach les autres joueurs comme s’ils étaient mes propres enfants. Je veux donc qu’ils se comportent comme des gens civilisés. Je m’attends à ce qu’ils soient polis et reconnaissants. Mes enfants utilisent les mots ‘s’il-vous-plaît’ et ‘merci’ chaque jour. Je suis exigeant. Et je suis chanceux. Jusqu’à maintenant, les jeunes que je côtoient ont bien répondu.»

«J’aimerais les aider, pour qu’ils puissent éventuellement aimer le hockey comme j’aime le hockey. Tu sais que certains joueurs de la LNH n’enfilent plus jamais leur équipement, après leur retraite? Quand j’entends des histoires comme celle-là, je trouve ça triste.»


« Sur la patinoire, je traite chaque enfant de la même façon. Je traite tous les joueurs comme s’ils étaient mes propres enfants. »
Chris Neil

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Chris Neil n’a pas complètement quitté son ancienne famille. Je l’ai dérangé, cette semaine, en plein coeur d’une rencontre au Centre Canadian Tire.

Officiellement, il essaie de tisser des liens avec la communauté des affaires. Il donne un coup de pouce au développement communautaire.

Il lui arrive quand même de traîner dans les environs du vestiaire.

«Je parle à Chabby aussi souvent que je peux. J’essaie de jaser avec Brady, aussi. On assiste à la passation des pouvoirs, en ce moment. Les jeunes finiront bien par trouver leur propre voie. Mais dans chaque bonne reconstruction, il est bon de pouvoir compter sur des vétérans.»

J’ai critiqué Pierre Dorion, dans cet espace, récemment. Les jeunes joueurs de son organisation ont besoin d’être mieux encadrés, ai-je écrit.

Si coach Neil donne un coup de pouce, c’est — un peu — moins pire.