L’Arctique en crise

CHRONIQUE / Cela fait plus de trente ans qu’on le sait: les changements climatiques vont produire d’énormes changements aux plus hautes latitudes, et particulièrement dans l’Arctique, où la masse continentale entoure un océan.

Normalement, après l’équinoxe d’automne, la glace s’installe progressivement sur l’océan Arctique qui est gelé sur toute sa surface en janvier. À certains endroits, la banquise s’épaissit tellement qu’elle n’arrive pas à fondre pendant l’été. On parle alors de glaces pluriannuelles. 

Depuis le début du 21e siècle, la superficie de glaces pluriannuelles diminue à une vitesse étonnante et il y a même des portions de l’océan Arctique qui ne gèlent plus pendant l’hiver. C’est ce qu’on a pu observer cette année dans la mer de Béring. Des systèmes de basse pression tirant l’air chaud du sud ont maintenu l’eau libre et fait dériver le peu de glace qui se formait vers le nord. Cela ne s’était jamais vu, selon les climatologues qui observent l’Arctique.

En juillet, la surface glacée de l’océan Arctique dans son ensemble s’approchait du minimum historique observé à l’été 2012. On anticipe que si l’on n’atteint pas ce record, on s’en approchera de très près en septembre. Depuis 2014, le couvert minimum de glace en septembre est très en dessous de la médiane de 1981-2010. C’est un signal inquiétant. De plus, le volume de glace a battu un minimum record en juillet en raison de la disparition progressive de la banquise pluriannuelle. Mais comme la glace flotte sur l’eau, la fonte de la banquise ne contribue pas au relèvement du niveau de la mer.

Plus grave encore, l’été dernier, la température moyenne en juillet au Groenland a été 12 degrés Celsius plus élevée que la moyenne. Cela a causé une accélération de la fonte et du vêlage d’icebergs. On estime ainsi que l’inlandsis a perdu dans l’océan 55 milliards de tonnes de glace, dont 13 milliards pour la seule journée du 1er août. 

C’est la perte journalière la plus élevée enregistrée depuis 50 ans d’observations. Mais il faut mettre les choses en perspective. L’hiver, le Groenland reçoit de la neige et sa masse augmente. Il faut donc faire la soustraction de la masse perdue de la masse gagnée. Au net, cette année, la fonte de glace du Groenland a contribué à elle seule à une augmentation de 1,5 millimètre du niveau de l’océan. C’est un record historique.

De janvier à juillet, la moyenne des températures sur l’Alaska, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, le Nunavik et la Sibérie a été en moyenne deux degrés plus chaude que la normale. 

Des records de chaleur ont été battus partout. Par exemple, on a enregistré dans le petit village suédois de Markusvinsa, au nord du cercle polaire, un maximum de 34,8 degrés Celsius le 26 juillet. Cela a coïncidé avec la deuxième canicule de l’été 2019 en Europe où des températures de plus de 40 degrés Celsius ont été enregistrées en France et en Belgique.

Sans surprise, les feux de forêt ont aussi enregistré des records. En Alaska, on a perdu un million d’hectares de forêt par des conflagrations. C’est plus de la moitié de la superficie du lac Ontario. En Sibérie, c’est 2,6 millions d’hectares, une surface un peu plus grande que le lac Érié. Ces incendies ont libéré dans l’atmosphère des millions de tonnes de carbone stocké dans les écosystèmes.

Au-delà de l’anecdote et des chiffres, nous assistons à la réalisation de prédictions somme toute conservatrices. De nouvelles prévisions en vue du prochain rapport du GIEC prévu pour 2021 ont été publiées cette semaine. La fourchette supérieure de l’augmentation de température globale pourrait atteindre sept degrés à la fin du siècle au lieu de 4,8 dans le rapport de 2013. La prévision la plus optimiste est de +2 degrés. Actuellement, nous sommes à +1 degré.

Arrêtons de parler de l’urgence climatique. Il faut agir fort et vite !