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Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Faire travailler les patrons

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CHRONIQUE / Qu’ont en commun Nestlé, Unilever, Volkswagen, Shell, Airbus, Arcelor-Mittal, Maersk et Orsted ? Ces multinationales se sont engagées dans une démarche de carboneutralité avec l’objectif de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 50 % en 2030 et d’atteindre la carboneutralité en 2050 ou avant dans le défi « Course à la carboneutralité ». De manière intéressante, cet objectif a été mis au cahier des charges de leurs PDG respectifs.

C’est ce que rapporte un document du Forum économique mondial de Davos paru au début du mois. En mettant les émissions de GES comme indicateur de performance de leur PDG, on pense avoir trouvé la formule pour stimuler leur créativité (surtout si des primes au rendement y sont associées). Naturellement, pas question de tricher sur les indicateurs pour manipuler les indices boursiers ! La comptabilité des émissions de gaz à effet de serre est une affaire encadrée par des normes et aussi vérifiable que les bilans financiers. Pour s’affirmer carboneutre, il faut que l’entreprise puisse démontrer un bilan net nul en soustrayant de ses émissions ses absorptions ou ses compensations.

Pourquoi la carboneutralité est-elle devenue un enjeu économique si important ? En fait, réduire les émissions de GES permet de réduire les risques pour une entreprise, au même titre que la santé et sécurité de ses employés est une garantie de performance économique. Les changements climatiques présentent en effet de multiples risques pour le cours normal des affaires. Les installations peuvent être affectées par des extrêmes climatiques, les chaînes d’approvisionnement peuvent être perturbées, des contraintes réglementaires peuvent obliger des changements technologiques, des risques de réputation peuvent résulter d’un accident et il n’est jamais bon d’être au sommet du palmarès des pollueurs. Non seulement le risque de mauvaise réputation et le risque de poursuites sont-ils bien réels, mais le risque de ne pas trouver des investisseurs se profile à l’horizon. Il y a, en effet, de plus en plus de fonds de placement qui affichent clairement leur volonté de rendre leurs portefeuilles carboneutres. Comme on dit en latin de cuisine, « Money talks! ». En plus, la transition vers des opérations carboneutres recèle des occasions d’affaires qu’il faut saisir pour augmenter la compétitivité et la viabilité de l’entreprise à long terme. Par exemple, de plus en plus de politiques d’achat intègrent l’empreinte carbone des produits dans leurs critères de sélection.

Alors, comment mettre les patrons au travail ? Selon les penseurs de Davos, il faut qu’ils puissent répondre à quatre questions :

1) À quoi va ressembler le marché pour nos produits dans un monde carboneutre ?

2) Quel modèle d’affaires devrais-je adopter pour réussir dans ce marché ?

3) Quels changements doivent être entrepris pour y parvenir ?

4) Comment mettre en oeuvre les conditions du succès ?

Bref, une démarche classique de planification stratégique enseignée dans toutes les bonnes business schools ! Ce n’est donc pas une grande adaptation, juste un changement de paradigme. Dans le domaine de l’empreinte carbone, afficher la plus petite permet d’augmenter sa réputation.

Une recette en sept étapes est proposée pour engager les PDG dans une démarche de carboneutralité. Encore une fois, rien de sorcier, il faut prendre le défi pour ce qu’il est, mobiliser les moyens, mesurer les progrès, chercher des alliances stratégiques avec les investisseurs, les syndicats, les gouvernements, etc. Il faut surtout faire la promotion de la démarche et des progrès, à l’interne comme à l’externe, pour maintenir la motivation et se distinguer parmi les meilleurs.

Dans notre monde capitaliste, on accorde beaucoup d’importance – et d’argent – à la haute direction des entreprises. Cela leur donne un pouvoir réel sur l’évolution de notre société. Si une partie de ce pouvoir pouvait être mise à contribution pour réaliser la transition vers un monde carboneutre, ce ne serait pas plus mal. Pour une fois qu’on demande aux patrons de se retrousser les manches...