Et maintenant, on fait quoi?

CHRONIQUE / La semaine dernière, l’attention médiatique en environnement a été monopolisée par la question du climat. Conférences de Greta Thunberg et de Valérie Plante au siège des Nations Unies, manifestations et grève pour le climat, publication d’un nouveau rapport spécial du GIEC sur la cryosphère et les océans, même les partis politiques en campagne fédérale ont fait part de leurs promesses. N’en jetez plus, la cour est pleine ! Pour ma part, vous vous en doutez bien, je n’ai pas chômé, mais dans un registre tout autre.

La mobilisation de foules est une forme d’affirmation de l’angoisse qu’une partie de la population éprouve face à une situation jugée intolérable. En manifestant, on souhaite attirer l’attention des médias, et par conséquent des décideurs et des citoyens ordinaires. C’est un outil puissant, mais il a des limites. Les dernières mobilisations pour le climat mettent en vedette les jeunes. Ce qui est souhaité, c’est que les autres (lire les plus vieux) règlent le problème. En effet, les jeunes sont présentés comme les victimes innocentes de la gabegie climatique. Ils n’y ont bien sûr pas contribué beaucoup encore. Mais ils devront payer pour les pots cassés. C’est injuste et il faut le crier haut et fort. Mais après, qu’est-ce qu’on fait ?

Les experts du climat reconnaissent quatre priorités pour lutter contre les changements climatiques. Il faut d’abord mettre un prix sur les émissions de gaz à effet de serre, mais pour que cela marche, le prix doit être dissuasif. Ensuite, il faut rechercher la carboneutralité à tous les niveaux en réduisant les émissions et en augmentant les absorptions du CO2 par des puits de carbone. Troisièmement, il faut faire la transition énergétique, caractérisée par une plus grande efficacité énergétique et par l’approvisionnement en énergie de sources renouvelables. Enfin, il faut mettre en place des systèmes à émissions négatives, c’est-à-dire qui retirent de l’air du CO2 pour le stocker durablement dans les sols, les océans, les formations géologiques ou dans les forêts. Ces méthodes sont connues, mais leur déploiement est soumis à de nombreux obstacles politiques et économiques qui ne peuvent pas être surmontés si on ne connaît pas individuellement, comme entreprise, municipalité ou gouvernement, son empreinte carbone.

C’est pour permettre aux citoyens de connaître leur empreinte carbone que nous avons développé un questionnaire et un calculateur qui sont accessibles sur le site http://carboneboreal.uqac.ca. Une fois qu’on connaît son budget carbone, il faut agir pour la réduire en posant des gestes qui sont à notre portée. Personne ne doit s’arrêter de vivre sous prétexte de sauver la planète. Bien au contraire, vous découvrirez vite que les premiers gestes sont payants et qu’ils améliorent votre qualité de vie. En théorie, en 2030, il faudrait que chaque personne sur la planète ait une empreinte carbone de 2,2 tonnes pour se placer sur la trajectoire identifiée par le GIEC pour stabiliser le climat planétaire à la fin du siècle. Au Québec, c’est possible tout de suite.

Pour y arriver, il faut éviter les pièges de la consommation, proscrire les objets à usage unique, le suréquipement, les déplacements inutiles et les aliments transformés. Tout cela est payant et peut représenter des économies annuelles de plus de 1000 $ par personne. La compensation carbonique est un outil de dernier recours pour équilibrer son budget carbone. Les individus comme les institutions ou les entreprises peuvent même être carboneutres. Toute la planète devra l’être en 2050 si on veut stabiliser le climat.

L’UQAC est carboneutre pour ses bâtiments depuis 2017 grâce à Carbone boréal. Vendredi, j’ai lancé le défi aux quatre cégeps de la région d’en faire autant. Ce sera intéressant de voir s’ils le relèveront. Nous sommes là pour les aider. Manifester, c’est bien, mais il faut agir, et dès maintenant. Et vous, quelle est votre priorité ?