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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Brady Tkachuk
Brady Tkachuk

Chez Brady

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CHRONIQUE / On voudrait tous avoir quelqu’un comme Brady Tkachuk, dans nos vies.

Dimanche matin, on a tous vu la vidéo relayée par les Sénateurs, dans les réseaux sociaux. Tim Stützle avait le sourire fendu jusqu’aux oreilles quand il a sauté sur la glace du Centre Canadian Tire avec son chandail des Sénateurs sur le dos.

Ce n’était pas étonnant, en soi. Il paraît qu’il sourit tout le temps.

Les gens qui étaient sur place ont quand même remarqué que Stützle avait l’air très nerveux.

Ce n’est pas surprenant, non plus. Pour la plupart d’entre nous, la première journée dans un nouvel environnement de travail est stressante.

On peut facilement se mettre à la place d’un gamin de 18 ans qui débarque dans un environnement rempli de professionnels plus aguerris. À 6000 kilomètres de chez lui.

Stützle, en plus, savait pertinemment bien que tous ces «vieux pros» garderaient un œil, sur lui. Il est l’élu, après tout. Celui qui doit permettre à tout le groupe de sortir de la médiocrité.

Tim Stützle.

C’est là que Brady arrive, avec ses gros sabots et son sourire niais.

Il invite le gamin à prendre place, au centre de la patinoire, pour diriger la séance d’échauffement.

Dans le monde du hockey, il n’y a pas de meilleure façon de faire sentir à un joueur qu’il fait partie de la famille.

Tkachuk n’avait pas l’intention de s’arrêter là.

Il a également invité la recrue à s’installer chez lui, cet hiver. Il lui a réservé une chambre, au sous-sol, avec un futon.

Ou peut-être pas. Ce petit bout-là, je l’ai imaginé.

Ce qu’on sait, par contre, c’est que Tkachuk avait déjà un co-locataire: Josh Norris.

Tkachuk et Norris, on le sait, sont de grands amis. Ils se sont connus dans le programme de développement national américain.

Selon Wikipédia, Norris parle allemand. Enfant, il a vécu à Cologne, puis à Francfort, parce que son père gagnait sa vie sur des patinoires européennes.

Si jamais le jeune Stützle a le mal du pays, ça pourrait l’aider.

Dans la Ligue nationale de hockey, selon le modèle le plus courant, la recrue de 18 ans trouve un vétéran - plus souvent qu’autrement, bon père de famille - où il peut vivre comme pensionnaire.

À Ottawa, pour les raisons qu’on sait, les bons vétérans ne sont pas très nombreux.

Ça explique sans doute pourquoi les Sénateurs donneront une chance au modèle de la «fraternité universitaire».

Tkachuk a passé quelques étés dans la région de Toronto. Là-bas, il a fréquenté le «camp de vacances» de Gary Roberts pour jeunes hockeyeurs professionnels. On dit qu’il était particulièrement bon élève dans les cours de nutrition.

La direction de l’équipe n’a donc rien à craindre. Stützle sera bien nourri.

Entre les repas, par contre...

On a tous déjà eu 20 ans. On a tous connu les joies de la cohabitation.

Je me fais une certaine idée de la vie dans une maison où Tkachuk, Norris et Stützle cohabiteront. On devine que ça pourrait devenir le point de rassemblement des jeunes Sénateurs. Ça pourrait donc ressembler à l’appartement que mes amis JP et Sammy louaient, sur la rue Richer, à Hull, entre 1995 et 1997.

Les étudiants du programme de journalisme de la Cité s’y réunissaient sur l’heure du souper, chaque jeudi. Vers 20 h 58, on courait jusqu’aux Raftsmen, ce qui nous permettait d’économiser deux fois plutôt qu’une. Parce qu’on arrivait au bar avant 21 h, on ne payait pas le prix d’entrée. On laissait nos manteaux à l’appartement pour éviter les frais de vestiaire.

On avait eu froid. Parce qu’on avait couru, on avait eu froid moins longtemps.

On était brillants de même.

Dans les semaines qui ont précédé le camp d’entraînement, durant leur quarantaine, Tkachuk et Norris ont hébergé leur compatriote américain Colin White.

Les gars ont avoué qu’ils ont passé le temps en organisant des matches de football américain – avec contacts – dans le salon.

Il est peut-être bon de rappeler, ici, que Tkachuk n’est pas propriétaire. Il loue la maison de son ancien mentor, Mark Stone.

On ne sait pas à quel point Stone est au courant de tout ce qui se passe, à Ottawa, présentement. Il doit se sentir loin de tout ça, à Las Vegas.

Il serait peut-être sage de s’assurer que sa police d’assurance habitation couvre tous les risques.

***

Quand j’écris qu’on voudrait tous avoir un «Brady Tkachuk» dans nos vies, je n’apprends rien aux partisans des Sénateurs.

Ceux-ci savent surtout qu’il est préférable de l’avoir de son bord.

En fin d’après-midi, lundi, il a fait une apparition surprise sur les ondes de la station de radio TSN 1200.

«Il ne sera pas agréable d’affronter les Sénateurs, cette saison. Les joueurs qui viendront nous affronter auront de nouvelles ecchymoses après les matches», a-t-il promis.

En soirée, durant le match simulé, le jeune Parker Kelly s’est retrouvé sur son chemin.

Disons qu’il a été le premier à découvrir qu’il ne s’agit pas de paroles en l’air...