Cette fascinante «muzak»

CHRONIQUE / J’ai toujours été fasciné par la musique de centre commercial.

À titre d’exemple, je me souviens que lorsque j’étais enfant et que j’allais au Woolco avec ma grand-mère, j’étais constamment hypnotisé par cette musique dégoulinante de violons et de mélodies étrangement familières qu’on pouvait entendre en déambulant dans les rayons. Il arrivait même des fois où j’étais persuadé de reconnaître l’air d’un succès des dernières années et ça me donnait toujours l’impression que je venais de trouver la réponse gagnante au jeu final d’un quiz télévisé.

Ce n’est que plusieurs années plus tard que j’ai appris que la musique de centres commerciaux (vous pouvez aussi appeler ça de la musique d’ascenseur si vous préférez) était un vrai style musical et qu’on appelait ça en fait de la «muzak».

Et puis hop, au même titre que la marque Kleenex, qui est devenue le nom par défaut des mouchoirs pour bien des gens, on peut dire la même chose de la muzak, qui à l’origine, était le nom d’une compagnie qui produisait ce type de musique d’ambiance principalement destinée aux ascenseurs.

Les choses ont bien changé au fil des années puisque les commerces préfèrent désormais stimuler leur clientèle avec de la musique entraînante, mais il n’en demeure pas moins que l’utilisation de la musique à des fins commerciales est toujours aussi fascinante.

Il y a quelques mois de cela, certains lecteurs et certaines lectrices se souviendront peut-être que je vous avais raconté qu’un employé du Couche-Tard m’avait expliqué que c’était constamment les mêmes chansons qui jouaient aux mêmes heures et que c’était presque la fête chaque fois qu’on finissait par changer la programmation musicale.

Une employée d’une chaîne de supermarchés très connue m’avait aussi révélé que son établissement recevait chaque mois de la maison mère un disque qui se trouvait à être l’ambiance musicale des prochaines semaines.

Maintenant, j’ignore comment ça se décide une « playlist » de musique d’épicerie, mais je serais très curieux d’assister à ça.

Tout ça c’est quand même rigolo, car alors que je vous écris ces lignes, mes oreilles se délectent actuellement de la musique que les clients des magasins Kmart écoutaient tandis qu’ils magasinaient en date du mois de mai 1988.

La bonne nouvelle, c’est que si jamais vous aviez envie de vous prêter à une telle expérience, il y a des heures et des heures de muzak qui sont gratuitement disponibles sur le Web grâce au site archives.org où des internautes ont bien voulu partager des numérisations d’enregistrements de musique d’ambiance de divers commerces.

Au programme : des relectures sans émotion (et avec beaucoup de violons) de grands succès de l’époque qui sont parfois entrecoupées de segments d’annonces promotionnelles portées par des voix radiophoniques. Et tout ça avec en prime des simulations de signalements du genre «un employé de la sécurité est demandé dans la rangée 5 ».

Bref, même plus besoin d’inventer une machine à voyager dans le temps.

Il y a deux ans de cela, j’avais été aspiré dans un vortex infernal de Doritos après avoir acheté une boîte de petits sacs individuels en prévision de l’Halloween.

Je croyais alors avoir tiré une grande leçon de cette expérience, mais voilà que cette année, c’est mon amoureuse qui a acheté des chocolats à l’avance. Au départ, j’étais convaincu que tout serait sous contrôle, mais dès l’instant où on a ouvert la boîte, les choses ont tellement dégénéré que j’ai dû acheter une seconde boîte. Mais comme cette deuxième boîte contenait d’autres sortes de chocolats, on a fini par l’ouvrir en avance et les choses ont tellement dégénéré encore qu’on a dû acheter une troisième boîte la veille de l’Halloween.

Puis, le soir de l’Halloween, la météo a tellement dégénéré qu’on s’est retrouvé avec une troisième boîte de chocolat pleine parce que pratiquement aucun enfant n’est passé.