Lettres au Père Noël

Cette chère Laurette

CHRONIQUE / «C’est ici, la maison de la famille que j’aide.»

C’est à peu près la seule fois où Laurette Dulac a parlé à sa nièce Louise de sa double vie de père Noël, elles étaient en route vers Montréal, Laurette allait y acheter les meilleurs feutres pour fabriquer ses chapeaux.

Je vous ai parlé de cette femme mardi, de cette histoire d’un petit cul de 10 ans qui a écrit une lettre au père Noël du Soleil, en 1942, en lui demandant pourquoi il donnait des cadeaux juste aux riches et rien aux pauvres. Il avait pris soin de préciser que lui et ses neuf frères et sœurs avaient été gentils.

Le père de Laurette était traducteur au journal, on imagine que c’est lui qui a ouvert la lettre de Jean-Louis, qui l’a donnée à sa fille.

Laurette est devenue le père Noël, elle a envoyé une boîte de bonbons et des jouets à Princeville, la famille habitait à Saint-Louis-de-Blandford. Elle a continué comme ça pendant plus de 10 ans, envoyant de la nourriture, des vêtements, du matériel scolaire pour que les enfants puissent aller à l’école.

Et toujours, des bonbons.

Laurette a correspondu aussi avec Bertha, la mère de Jean-Louis, qui tirait le diable par la queue pour élever seule ses 10 enfants, d’abord avec un mari draveur, puis un mari malade, qui n’apportait plus de salaire à la maison.

À des lieues de la vie de Laurette.

Louise Poudrette a lu l’histoire de sa tante dans Le Soleil, elle m’a appelée pour me parler d’elle. Laurette n’a jamais eu d’enfants, elle avait pris Louise en affection, c’est pour ça qu’elle l’emmenait à Montréal pour sélectionner les étoffes dont elle avait besoin pour ses couvre-chefs.

Laurette était une chapelière réputée de Québec. «Elle chapeautait toute la ville! Elle travaillait bien, et elle a travaillé longtemps. Des fois, elle disait à ses clientes, «ce chapeau-là ne vous va pas du tout!» Lorsque cliente insistait, elle s’arrangeait pour qu’il lui fasse mieux...»

Elle avait cet amour du travail bien fait. «Elle était très exigeante pour elle et pour les autres. Tout le monde l’aimait.»

Quand Louise a lu cette histoire de père Noël lundi, elle s’est rappelé que Laurette lui en avait parlé. Discrètement. «Je savais qu’elle faisait ça. Je devais avoir 15-16 ans, on était sur la 20, on est passées devant une maison. Elle m’a simplement dit “c’est ici la famille que j’aide”. Elle n’a jamais donné de détails.»

Louise n’a jamais osé poser plus de questions. «Je n’aurais pas eu de réponse. Elle disait juste qu’elle s’occupait d’une famille.»

Elle qui n’en avait pas. «Quand elle est décédée, elle restait à Québec, elle a dû laisser son logement quand elle est allée à l’hôpital. Quand elle est sortie de l’hôpital, elle est allée habiter chez une amie, elle était mal en point.» De quoi est-elle décédée? «Probablement du cœur.»

Ce n’est pas faute d’avoir aimé.

Je n’ai trouvé aucune trace du décès de Laurette, pas d’avis sur internet, pas d’entrefilet dans un journal. Je n’ai pas retracé non plus cette dame à qui elle a confié les lettres de Jean-Louis, cette femme qui les a remises à Nancy, la fille de Jean-Louis.

Nancy a oublié son nom, elle a Micheline en tête, c’est flou.

Louise m’a parlé de son grand-père, le père de Laurette, qui était traducteur au Soleil. «Il était un traducteur de renommée internationale et je n’exagère pas! Il a travaillé des années de temps au journal, il travaillait pour la France aussi. Il a été fêté, une reconnaissance grandiose, j’ai des photos de ça.»

Le travail bien fait, toujours.

Comme ce chapeau que Laurette a confectionné en 1959 pour cette femme qui m’a écrit, Lise se souvenait bien de cette chapelière aux doigts de fée. «Madame Dulac avait confectionné le chapeau de ma mère et le mien pour mon mariage à Québec, en 1959. J’ai 80 ans et file encore le parfait bonheur avec mon amoureux. Ce père Noël devait semer le bonheur partout.»

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Qu’est-ce que j’entends? C’est l’heure des vacances qui sonne. On se retrouve dans quelques semaines...