Les cafés Starbucks étaient fermés lundi après-midi au Canada. Le personnel a reçu une formation sur l’inclusion sociale.

C’est mieux que de ne rien faire

CHRONIQUE / Ainsi, Starbucks a fermé ses établissements au Canada lundi après-midi pour donner une formation sur le racisme à ses employés. Bravo ! On ne peut pas être contre la vertu. Plus on abordera de front des questions épineuses comme la discrimination raciale, mieux la société s’en portera.

Mais ne soyons pas naïfs. Si Starbucks est soudainement si pressé de sensibiliser son personnel à l’« inclusion sociale », tant au Canada qu’aux États-Unis, ce n’est pas un hasard. Il y a aussi là-dedans une opération de relations publiques visant à redorer une image mise à mal par l’arrestation injustifiée de deux Noirs dans un établissement de Philadelphie en avril dernier.

Les deux hommes s’étaient assis à une table sans rien acheter, en attendant l’arrivée d’un troisième qu’ils devaient rencontrer pour affaire. On les a expulsés du café, menottes aux poings. La scène a été filmée. La divulgation de la vidéo a fait scandale dans un contexte de tensions raciales toujours vives aux États-Unis.

Alors voilà, Starbucks a fourni des excuses publiques, en plus de payer une compensation aux deux hommes. La chaîne a aussi changé sa politique, autorisant désormais les gens à s’asseoir dans ses cafés sans obligation d’acheter.

Début juin, la compagnie a cessé de servir du café à compter de 14 h dans ses 8000 établissements aux États-Unis, le temps d’offrir à ses employés une formation contre les préjugés racistes. Lundi, c’était au tour des cafés canadiens de se prêter au même exercice.

D’accord, on ne sait pas trop en quoi consiste la formation offerte aux employés. Et puis, est-ce que quelques heures d’échanges suffiront pour changer des comportements racistes, s’il y en a ? Bien sûr que non. Il se trouve même des experts pour dire que ce genre de formation sur les préjugés empire parfois les choses au lieu de les corriger.

Mais l’autre option qui s’offrait à Starbucks, c’était… de ne rien faire.

La chaîne a préféré y aller d’un geste fort, d’une déclaration d’intention claire. Au point qu’ici au Canada, où les tensions raciales sont moins exacerbées qu’aux États-Unis, cette décision de fermer les magasins a pu paraître excessive.

« Moi, je les félicite, me disait lundi le député fédéral de Hull-Aylmer, Greg Fergus. C’est mieux d’avoir une conversation sur ces questions-là que de ne pas en avoir du tout. »

Parce que le racisme existe ici aussi.

En Ontario, on a constaté que la probabilité d’être aux prises avec le système de justice est plus élevée pour les hommes noirs que pour leurs homologues blancs à tous les échelons de la société. La probabilité d’être placé en famille d’accueil ou d’être cantonné à des filières scolaires de niveau inférieur est aussi plus importante pour les enfants noirs.

En dépit de niveaux d’éducation plus élevés, les femmes noires sont plus susceptibles que les femmes blanches d’être au chômage ou d’être sous-employées. Ainsi, toujours en Ontario, 8,8 % des femmes noires ayant un diplôme universitaire sont au chômage, contre 5,7 % des femmes blanches ayant un diplôme d’études secondaires.

D’ailleurs, le fédéral a débloqué un budget de 43 millions pour soutenir les jeunes noirs à risques. L’Ontario a aussi son plan d’action assorti d’une somme de 47 millions.

Alors oui, Starbucks a fait un pas dans la bonne direction en décidant d’aborder ces sujets sensibles avec ses employés. C’est un bon début même si pour contrer le racisme, il n’y a qu’un véritable moyen : donner une chance égale à tout le monde.