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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
L’idée d’un couvre-feu est difficile à accepter. Mais parfois, la fin justifie les moyens.
L’idée d’un couvre-feu est difficile à accepter. Mais parfois, la fin justifie les moyens.

C’est la guerre, après tout

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CHRONIQUE / Un couvre-feu ? Même moi, qui accusais le gouvernement Legault de mollesse envers les covidiots, j’ai trouvé qu’il y allait un peu fort.

Après tout, un couvre-feu est une mesure de temps de guerre. C’est Londres sous les bombes allemandes, la Loi sur les mesures de guerre, en 1970…

Et pourtant, nous en sommes là. À compter de ce soir, 20 h, à moins d’une excuse béton, il faut se barricader chez soi. Comme traitement-choc, difficile de trouver mieux ! Jamais je n’aurais pensé vivre un couvre-feu de mon vivant, dans mon paisible Gatineau.

Un ex-collègue m’a fait remarquer que cette pandémie fait ressortir les « oui mais moi ». « Oui, mais moi » j’ai une bonne raison de ne pas respecter les règles. « Oui mais moi » je dois aller voir ma femme au Mexique. « Oui mais moi » je fais très attention. « Oui mais moi » ma religion… Et très bientôt : « oui mais moi » je refuse le vaccin…

Ma première réaction à l’annonce du couvre-feu a été un « oui mais moi » égoïste. Oui mais moi je fais mon jogging le soir après 20 h. Est-ce que les policiers vont m’arrêter ? Je ne fais rien de mal, je fais du sport, je cultive ma santé mentale…

J’ai pensé à tous les gens de Gatineau et d’Ottawa qui se stationnent le soir, en bordure du parc de la Gatineau, pour aller faire du fat bike ou du ski de fond à la lampe frontale. À ces sportifs nocturnes, va-t-on aussi infliger des amendes salées de 1500 $ ?

Réponse du gouvernement : ce ne sont pas des activités essentielles. Alors oui.

Au début, j’ai pensé que le gouvernement Legault se trompait de cible. Que le couvre-feu était une injustice. On allait pénaliser les honnêtes citoyens au lieu de tomber sur la tomate des covidiots. C’était mon avis jusqu’au point de presse de Legault. Quand une question lui a été posée à propos des marcheurs du soir, le premier ministre a répondu sur le ton d’un père de famille qui sermonne un adolescent capricieux.

Ta marche du soir ? Tu iras la prendre sur l’heure du midi, ta marche du soir…

C’était le ton juste.

Les marches nocturnes seront proscrites au cours des prochaines semaines au Québec.

Peut-être qu’il nous faut ce couvre-feu pour réaliser que notre petite misère individuelle n’est rien à côté du système de santé qui craque. Mon jogging du soir ne compte pas à côté des infirmières qui tombent au combat, des morts qui s’empilent dans les CHSLD et les résidences pour personnes âgées.

Le couvre-feu est une mesure de temps de guerre ? C’est bien de cela qu’il s’agit : d’une guerre contre le virus. Comme toutes les guerres, elle force les sociétés à restreindre des libertés individuelles au nom du combat contre l’ennemi commun.

À ceux qui crient à la dictature sanitaire, il faut peut-être rappeler que le sacrifice de certaines libertés individuelles se fait pour préserver d’autres libertés encore plus vitales.

Le confinement, le couvre-feu, c’est pour préserver la liberté de soigner tout le monde dans nos hôpitaux. En Italie, à Los Angeles, le personnel débordé a dû choisir entre les patients qu’on branchait à un respirateur et ceux qu’on sacrifiait. Au Québec, personne ne veut avoir à faire ce genre de choix.

Je n’aime toujours pas l’idée d’un couvre-feu. Mais s’il est appliqué avec discernement, s’il peut aider à mettre la main au collet des covidiots en route vers un rassemblement privé, ce sera une consolation. L’heure est trop grave pour les « oui mais moi ».