L’organisation du congrès du Parti libéral du Québec voudra sans doute encadrer la présence de Jean Charest, mais l’ancien premier ministre ne voudra certainement pas se cacher des médias comme s’il était un criminel.

C'est la fête aux libéraux

CHRONIQUE / Les libéraux ont pavoisé en annonçant des baisses d’impôts et des chèques de 100 $ par enfant d’âge scolaire. Mais le passé les a vite rattrapés. La dernière chose dont ils avaient besoin à la veille de leur congrès à Québec, c’était la publication du rapport de la vérificatrice générale sur le scandale de la vente des immeubles de la Société immobilière du Québec (SIQ) à des collecteurs de fonds du Parti libéral sous le gouvernement Charest.

«C’est clair que ce n’est pas une bonne journée pour nous», a admis jeudi le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, en annonçant les mesures prises pour éviter de tels scandales à l’avenir. Il ne pouvait mieux dire.

On ne compte plus les situations où les libéraux croyaient avoir effacé l’ardoise de l’héritage Charest, pour se retrouver le lendemain devant de nouvelles révélations relançant la controverse. Même si le scandale de la SIQ était connu depuis longtemps, le rapport de la vérificatrice Guylaine Leclerc est venu gratter le bobo. 

Mme Leclerc a été d’une prudence extrême en précisant qu’il n’était pas dans son mandat de déterminer s’il y avait eu des intentions criminelles dans ce dossier. Il est clair, à la lecture de son rapport et à l’écoute de ses propos, qu’il y a eu des fautes graves et beaucoup plus encore, dans cette affaire. Il appartiendra à la police de fouiller cet aspect de la chose, a-t-elle précisé. Son bureau collabore avec l’enquête de l’UPAC, ce qui en dit long sur ce qu’on a trouvé, mais qu’on n’a pas pu révéler pour le moment.

Malheureux hasard pour les libéraux, le 150e anniversaire de leur parti commandait d’inviter les anciens chefs à leurs célébrations de samedi soir. L’organisation du congrès voudra sans doute encadrer la présence de M. Charest, mais l’ancien premier ministre ne voudra certainement pas se cacher des médias comme s’il était un criminel. Bref, il y aura encore des relents de la commission Charbonneau et du copinage libéral dans l’air du temps au congrès du PLQ. Encore chanceux que Monique Jérôme-Forget passe ses hivers au Mexique… C’est elle qui avait la responsabilité de la SIQ sous Jean Charest.

L’équipe libérale cachait mal sa nervosité à l’approche de ce congrès, appréhendant un mauvais sondage ou une autre trouvaille des bureaux d’enquête de Québecor, à qui Philippe Couillard et ses ministres imputent un agenda malicieux et revanchard de Pierre-Karl Péladeau. 

Du côté de l’opposition officielle, ce sera le calme plat. À moins d’avis contraire, Jean­-­François Lisée conservera le silence pendant que Philippe Couillard et François Legault se feront la guerre à partir de leurs congrès respectifs et simultanés à Québec et à Sherbrooke. Les péquistes estiment qu’il vaut mieux afficher leur différence et laisser aux libéraux et aux caquistes le soin de démontrer qu’ils se querellent autour des mêmes programmes politiques. 

Cette stratégie de la chaise vide est un pari risqué. Le PQ attire beaucoup moins l’attention des médias et de la population depuis que les sondages placent François Legault en première position.

En fait, la dynamique actuelle montre un positionnement jamais vu en politique québécoise :  pendant que les libéraux font campagne contre la deuxième opposition dirigée par François Legault, l’opposition officielle péquiste doit se défendre sur sa gauche contre Québec Solidaire. Mince consolation pour Jean-François Lisée, Philippe Couillard a lui aussi les intérêts du PQ à cœur. Conscients qu’ils ont besoin d’un PQ suffisamment fort pour diviser le vote et stopper la CAQ, les libéraux seront moins agressifs à l’endroit de Jean-­François Lisée. On aura tout vu.