Quand on prend le temps de discuter avec ceux qui proviennent d'une autre culture, on se rend compte qu'ils ne sont pas si différents.

Ces xénophobes repentis

CHRONIQUE / Il y a quelques années de cela, de bons amis à moi avaient produit une espèce de documentaire web qui rassemblait diverses vidéos xénophobes de Québécois en beau maudit. Vous savez, ces vidéos où un type part dans une envolée aux arguments trop souvent bancals alors qu’il se filme avec son téléphone sur le siège avant de sa voiture?

Le court documentaire intitulé Le visage de la peur, qui est d’ailleurs toujours disponible sur la défunte, mais ô combien légendaire plateforme trouble.voir.ca, mettait donc en lumière cette montée des discours haineux (et généralement très confus) à l’égard de la communauté musulmane, et ce, en réaction à la controverse de 2015 entourant le vote voilé. Oui oui, je sais, j’ai pensé la même chose que vous: on tourne décidément en rond.

Parmi les divers internautes qui avaient été exposés dans ce documentaire, on y trouvait une certaine Josée Rivard. Mais ce qu’on ignorait alors, c’est que cette « péteuse de coche » notoire deviendrait progressivement une personnalité du web suivie par une horde plutôt impressionnante de gens. Au moment où je vous écris ces lignes, elle a plus de 27 000 abonnés. Maintenant, j’ignore si elle en a perdu des tonnes dans les heures qui ont précédé, mais ça, c’est une tout autre histoire dont je vous parlerai dans quelques instants.

Alors hop, depuis 2015, qu’est-ce qu’elle a fait Josée Rivard? Pour être bien franc avec vous, je ne pourrais pas trop vous détailler sa feuille de route, car voyez-vous, chaque fois que j’osais m’attarder un instant sur une de ses vidéos, je me butais à un discours très méprisant à l’égard des autres communautés culturelles et je ne voyais pas pourquoi j’investirais davantage de mon précieux temps à des propos dégoulinants d’ignorance.

En fait, tout ce que je savais de Josée Rivard, c’est qu’une fois de temps en temps, un ami à moi partageait un de ses trucs pour s’indigner de ses propos et/ou pour dire un truc méchant à son sujet. Alors de temps en temps, j’allais jeter un coup d’oeil rapide à ce qu’il se disait à propos de ses vidéos et quand je constatais que chaque fois, des dizaines et des dizaines de ses abonnés multipliaient les mêmes genres de propos en les formulant fréquemment de façon encore plus violente, ça me foutait la trouille et je regardais ailleurs.

Mais la vie, elle arrive toujours à nous surprendre et voilà qu’un soir, il y a cette vidéo qui surgit dans mon fil d’actualités dans laquelle on peut voir Josée Rivard aux côtés de Warda Naili, une femme voilée. Évidemment, sur le coup, je me suis dit: « Mais c’est quoi ce bordel? », en m’imaginant qu’il s’agissait là d’une espèce de stunt de mauvais goût, mais non.

Juste là, dans mon écran de téléphone, il y avait cette rencontre inattendue qui se produisait et peut-être vous direz-vous que j’ai besoin de vacances, mais ça m’a donné un petit frisson.

Grosso modo, ce qui est ressorti de cet échange, c’est que Josée Rivard a réalisé que lorsqu’on prenait le temps de rencontrer « l’autre » pour dialoguer, on se rendait rapidement compte qu’au fond, on aspire pas mal tous à la même chose et que surtout, c’est nul à fond de se disputer. Certes, on a tous une façon différente de voir le monde, mais à la fin, si on apprend tous à se respecter en échangeant, ça fait de plus belles veillées pour tout le monde.

Jusque-là, il n’y avait pas de quoi écrire une chronique, mais quand j’ai commencé à porter attention aux commentaires des abonnés de Josée Rivard, j’ai compris que je devais saluer ce geste d’ouverture de sa part. Le truc, c’est que pour un grand nombre de ses abonnés, ce qu’elle a fait est perçu comme de la trahison. Et ça dit un tas de méchancetés pas propres du tout sur les communautés culturelles et croyez-moi,elles proviennent pour la plupart de bons grands-pères et de bonnes grands-mères.

Vous savez quoi? Des ouvertures comme ça, j’en voudrais des tonnes. Oui, ça risque parfois de se passer tout croche et d’être maladroit, mais oublions les dialogues en marchant sur des oeufs et faisons juste jaser entre nous. Et quand les pas contents verront qu’ils seront les seuls à ne pas avoir du fun, ils viendront nous jaser.