Les manifestants franco-ontariens de Hearst ont partiellement bloqué la Transcanadienne samedi dernier.

Ces irréductibles Francos du Nord

CHRONIQUE / Comme dirait Obélix le Gaulois : ils sont fous, ces Francos…

Je vous parle des Franco-Ontariens de Hearst, dans le nord de l’Ontario. Des francophones dans le plus profond de leurs tripes. Des vrais de vrais.

Je coanimais l’émission spéciale Résistance Franco avec l’ami Michel Picard, samedi matin, sur les ondes d’Unique FM, à Ottawa. Les entrevues s’enchaînaient à une vitesse étourdissante. En plus des Véronic DiCaire, Amanda Simard, Katherine Levac, Ronald Caza, Bernard Grandmaître, Jacques Martin et de nombreux autres Francos bien connus, on se rendait dans toutes les villes en Ontario où les radios communautaires de langue française de ces endroits diffusaient simultanément cette émission spéciale d’Unique FM.

Puis on arrive à Hearst, avec au bout du fil le maire de l’endroit, Roger Sigouin. (Un maire réélu pour un 5e mandat en octobre dernier avec 84 % des votes… Ça vous donne une idée de sa popularité dans ce village gaulois.)

La conversation s’est déroulée à peu près comme suit :

—Michel Picard : « Attendez-vous beaucoup de gens à votre ralliement, M. Sigouin ?

—Oui, plusieurs. On va se rassembler et nous allons aussi bloquer la Transcanadienne. »

Je n’en croyais pas mes oreilles. Ils allaient bloquer la route qui traverse le pays. Ils sont fous, ces Francos !

« La GRC est au courant, a ajouté le maire ‘Abraracourcix’ Sigouin. On ne la bloquera pas au complet. On va tout de même laisser les autos passer. Mais ça risque de ralentir la circulation ».

Quel culot tout de même ! Je les aime, ces irréductibles Hearstiens.

Mais imaginez si les 5000 personnes présentes au rassemblent de samedi dernier à Ottawa avaient décidé de les imiter et de bloquer l’autoroute 417. My God! Les anglophones auraient crié au scandale, pour ne pas dire au meurtre.

Déjà qu’ils ne nous portent pas tous dans leur cœur. Vrai, les éditoriaux en notre faveur publiés au cours des dernières semaines dans le Globe and Mail, le Toronto Star et surtout celui publié en français dans l’édition de samedi dernier du Ottawa Citizen nous ont fait chaud au cœur.

Mais il suffit de jeter un coup d’œil dans l’édition d’hier du cher Ottawa Sun pour constater que ce ne sont pas tous les anglophones qui croient en notre cause. Voici la « question du jour » que le Sun posait à ses lecteurs, lundi : « Croyez-vous que la communauté francophone peut convaincre le premier ministre Doug Ford de revenir sur sa décision [d’abolir le Commissariat aux services en français et de saboter la mise sur pied de l’Université de l’Ontario français] ? »

À 14 h, hier, 1650 personnes s’étaient prononcées. Et de ce nombre, 1373 lecteurs (83 %) avaient répondu : non. Contre seulement 277 personnes (17 %) qui croient que les Francos feront reculer le gouvernement conservateur de Doug Ford.

J’en conclus qu’il faudra « crier » plus fort… 

Et ça tombe bien puisqu’on dit que plusieurs étudiants franco-ontariens aimeraient organiser une autre manifestation d’envergure après les Fêtes. Et croyez-moi, lorsque les jeunes s’y mettent, ça brasse !

Ça me rappelle la lutte S.O.S. Montfort lorsque le 20 mars, 1997, plus de 2000 jeunes francophones du secondaire et du collège La Cité ont marché jusqu’à Montfort pour former une chaîne humaine autour de l’hôpital. Il y a presque 22 ans de ça et on en parle encore.

Et deux jours plus tard, ces mêmes jeunes et plusieurs de leurs collègues des autres écoles de la région faisaient vibrer la « patinoire » du Centre municipal d’Ottawa lors du Grand Ralliement S.O.S. Montfort.

Bref, les Anglos qui doutent de notre détermination et de notre résilience n’ont encore rien vu.

Doug Ford non plus.