Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Cérémonie d'élections pour le Parti québécois
Cérémonie d'élections pour le Parti québécois

Ce sera la faute du chef péquiste…!

CHRONIQUE / On connaîtra ce vendredi soir le nom du prochain chef du Parti québécois. Mais peu importe son identité, à terme, si le passé est garant de l’avenir, on entendra des péquistes dire que c’est sa faute si le PQ ne décolle pas dans les sondages. Sa faute à lui et à sa stratégie...

Ce sera faux. Tout a déjà été essayé maintes fois au Parti québécois.

Pour reprendre un peu de santé, ce parti aurait surtout besoin d’une conjoncture politique différente.

Pour sortir de ses ornières, il aurait besoin de l’équivalent d’un autre échec du «lac Meech», du nom de ce projet avorté de réforme constitutionnelle.

Il aurait besoin d’une conjoncture politique différente, un peu comme en Écosse où l’idée d’indépendance a pris de la vigueur avec le projet de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Un nouveau chef peut peser sur la conjoncture, mais pas tant que cela. Le prochain chef du PQ pourra tenter d’en créer une, mais ses tentatives apparaîtront d’emblée suspectes. En fait, cette autre conjoncture dépasse largement le Parti québécois. Il ne la contrôle pas.

C’est aussi ce que semble croire Pauline Marois. Dans un livre récemment publié, et après avoir refait le constat des temps durs qui confrontent son parti, elle estime qu’une «nouvelle conjoncture favorable, on ne sait jamais quand ça peut se présenter».

Dans «Qui veut la peau du Parti québécois?», paru après sa démission de la direction du PQ, Jean-François Lisée écrivait être ressorti de son aventure avec le sentiment que les grands événements et les hasards comptent plus que les discours et que bien des idées et des stratégies. C’est dire.

Paroles d’ex-chefs ne voulant pas porter le chapeau de défaites retentissantes? Plutôt paroles d’«ex» ayant déjà vu neiger!

Question fondamentale pour ce parti en passant : Si cette conjoncture favorable se présentait un jour, est-ce vraiment lui qui en récolterait le fruit?

Quatre profils opposés

Plus que les autres candidats à la succession de Lisée, et sans doute parce qu’il est député, Sylvain Gaudreault représente une forme de continuité aux yeux de plusieurs. Il propose néanmoins du «renouveau», pour reprendre son mot, puisque son ambition est de faire du Québec le «premier pays vert» à entrer à l’ONU, «un projet qui allie économie, environnement, justice sociale et santé».

Outre son dynamisme, Paul St-Pierre Plamondon a montré qu’il cherche à se coller à ce qu’il croit être l’«opinion publique» péquiste, puisqu’il a ajusté son tir sur des sujets fondamentaux depuis la précédente course à la direction — sur la souveraineté et l’immigration.

Guy Nantel a régulièrement joué la carte de la notoriété; de sa notoriété à lui, laquelle pourrait amener le PQ à élargir sa base, a-t-il plaidé.

Frédéric Bastien a été le nationaliste le plus «décomplexé» ainsi que l’acharné politique de cette course, entre autres sur le front judiciaire — encore cette semaine à propos de la Crise d’Octobre.

Il y a peu de gens dans les instances du PQ qui croient que la «troisième opposition» à l’Assemblée nationale prendra le pouvoir en 2022. On peine à imaginer que les candidats le croient eux-mêmes lorsqu’ils l’affirment.

Pour 2022, le PQ devra surtout se retrouver devant Québec solidaire au soir des élections. Ce sera déjà un bon défi pour lui. 

Pourquoi? Parce que le convalescent demeure mal en point. En comptant les sympathisants de passage, 35 837 personnes bénéficiaient d’un droit de vote pour l’actuelle compétition. Ils étaient plus du double lors de celle ayant couronné Jean-François Lisée en 2016.

Moins de 1200 Québécois se sont inscrits pour obtenir le statut de simples «sympathisants» et prendre part au scrutin. Cette course a évidemment pâti de la pandémie. Mais celle-ci explique seulement en partie ce décevant repêchage.

On peut difficilement conclure un texte comme celui-ci sans relever le fait que ce parti est remarquable de ténacité. C’est un fait significatif. Et c’est sain pour la démocratie.