Sébastien Lévesque

Ce en quoi je crois

CHRONIQUE / « Je crois au Dieu de Spinoza qui se révèle lui-même dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un Dieu qui se soucie du destin et des actions des êtres humains. » - Albert Einstein, réponse au rabbin Herbert S. Goldstein, Télégramme, 1930.

Dans les dernières semaines, j’ai passablement écorché les croyances de nombreuses personnes, notamment les tenants des religions monothéistes. J’ai effectivement remis en question l’existence d’un Dieu unique, transcendant et personnel, allant même jusqu’à affirmer qu’à la lumière de nos connaissances actuelles, l’existence d’un tel Dieu m’apparaît hautement improbable, pour ne pas dire carrément impossible. Des lecteurs m’ont contacté pour me féliciter pour cette prise de position, mais d’autres m’ont signalé leur frustration et leur déception.

Parmi les commentaires que j’ai reçus, certains évoquaient mon manque de respect à l’endroit des croyants. À cela, je répondrai que chacun demeure évidemment libre de croire en ce qu’il veut, mais qu’il serait néanmoins déraisonnable de chercher à ce que nos croyances soient mises à l’abri de toute critique. D’autres déploraient mon opiniâtreté et mentionnaient le fait qu’il est impossible de ne pas croire en quelque chose, ce à quoi je répondrai qu’ils ont parfaitement raison. En effet, personne n’est totalement exempt de croyances ni ne peut être entièrement rationnel. Le contraire serait même assez troublant, si vous voulez mon avis.

Tout cela pour dire que j’ai moi-même de nombreuses croyances dans de nombreux domaines (politique, économie, etc.). J’entretiens même certaines croyances à propos de Dieu. Seulement, je me garde bien de faire de ces croyances les piliers de mon existence, précisément parce que ce ne sont que des croyances, c’est-à-dire des idées que je tiens pour vraies en dépit des faits ou de l’absence de preuves. Or, entre nos désirs et la réalité, il peut y avoir un fossé énorme. Face à nos propres croyances, la prudence est donc de mise, surtout lorsqu’il est question de l’existence – ou de l’inexistence – de Dieu.

La question de Dieu, en plus d’être éminemment complexe, est aussi très chargée symboliquement et historiquement. Si je dis « Dieu », la plupart des gens penseront spontanément au Dieu des religions monothéistes et se représenteront une sorte de barbu sur un nuage qui lance les Tables de la Loi (je caricature un peu, évidemment, mais je pense que vous comprenez ce que je veux dire). Or, bien que je n’adhère pas du tout à une telle conception de Dieu, cela ne m’empêche pas d’avoir ma petite idée sur le sujet.

En fait, l’idée qu’il puisse exister quelque chose qui serait de l’ordre du divin ne m’est pas totalement étrangère. J’ai beau être matérialiste (au sens philosophique, on s’entend), cela ne m’empêche pas d’être aussi très sensible à la dimension spirituelle de l’existence. En fait, si vous me demandiez ce en quoi je crois, je dirais que, tout comme Einstein, je crois au Dieu de Spinoza, qui n’est autre qu’un principe organisateur et unificateur qui préside à l’ensemble des phénomènes naturels. Contrairement au Dieu des religions monothéistes, qui est un être transcendant et personnel, « mon » Dieu est immanent et impersonnel. Dieu, c’est la nature, tout simplement.

Cela s’appelle le panthéisme. Dieu est l’unité du monde qui se manifeste à travers l’organisation de la matière, et plus particulièrement les constantes fondamentales de la physique. De ce Dieu, nous ne pouvons pas dire grand-chose, si ce n’est constater sa beauté et sa perfection. Rien ne sert de le prier, et encore moins de chercher à l’influencer. Ce qu’il faut, en revanche, c’est chercher à le comprendre à l’aide de la pensée rationnelle, et ce, afin de mieux s’y harmoniser.

Je crois que nous sommes le produit d’une évolution cosmique amorcée il y a environ 13,7 milliards d’années et que les étoiles sont nos grand-mères. Je crois qu’il existe une force organisatrice et unificatrice qui permet d’expliquer et de donner un sens à notre existence. Comme les stoïciens, j’aime bien l’appeler « Logos ». Ai-je des preuves de son existence ? Pas vraiment. Des indices, tout au mieux. Mais c’est déjà mieux que rien.