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Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Sylvie Léonard, que nous retrouvons avec bonheur, joue Francine, qui abuse de fard à paupières et n'est absolument pas à sa place à la gestion des réseaux sociaux.
Sylvie Léonard, que nous retrouvons avec bonheur, joue Francine, qui abuse de fard à paupières et n'est absolument pas à sa place à la gestion des réseaux sociaux.

Caméra café: sujets corsés de 2021

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CHRONIQUE / Il y a 10 ans, quand la version québécoise de Caméra café a quitté l'antenne, on ne parlait pas de #moiaussi, d'appropriation culturelle, du «mot en n» et il n'y avait pas d'avertissement avant les reprises de La petite vie. Je ne dirais pas qu'on avait droit de tout dire, mais le contexte était bien différent.

Dix ans plus tard, bien heureusement, les mononques cochons sont de moins en moins tolérés, le racisme est de plus en plus dénoncé, mais les opinions n'ont jamais été aussi polarisées. Tout ça a inévitablement une influence sur les thèmes de cette nouvelle mouture de Caméra café, réalisée par René Richard Cyr et Mathieu Handfield, et diffusée à TVA à partir du mardi 12 janvier à 21h.

Et pourtant, le ton reste le même. Vous pourrez même penser que la série a été réalisée il y a 10 ans. On ne réinvente pas le genre: une machine à café, une caméra fixe, décor très semblable, des collègues de bureau qui s'agacent, se font rire, s'engueulent, entretiennent des rivalités. C'est joué un peu gros, tout sauf subtil, mais la recette est éprouvée.

On a d'abord pensé faire revenir les anciens personnages, qu'appréciait le public. Mais on a finalement opté pour faire table rase de l'ancien casting et repartir de zéro avec une nouvelle galerie de personnages, microsociété bien campée en 2021.

La plus grande qualité de ce nouveau Caméra café est justement de nous offrir de nouveaux visages. Un défi que se lance désormais TVA dans ses fictions et qui devrait plaire à ceux qui trouvent qu'on voit toujours les mêmes faces, un commentaire qui revient souvent.

Et ces nouveaux noms n'héritent pas de deuxièmes rôles. Celui de la nouvelle patronne, Mélanie Morin, a d'ailleurs été confié à une comédienne que je ne connaissais pas, Marie-Ève Trudel. Son personnage, «Mel», a fait ses classes à New York, Los Angeles, Las Vegas, qu'elle cite à outrance, à travers deux ou trois mots d'anglais bien placés. Pour se présenter, elle organise des rencontres «Coffee With Employees», une méthode qu'elle a apprise chez les Américains, bien entendu.

Les conversations du Caméra café de 2020 sont forcément différentes de celles d'il y a 10 ans, parce que le monde a changé. Ou comme dirait la truculente Francine du service à la clientèle: «Le monde sont (rendus) trop sensibles.» Sylvie Léonard, que nous retrouvons avec bonheur, joue cette femme qui abuse de fard à paupières et n'est absolument pas à sa place à la gestion des réseaux sociaux. Chacune de ses apparitions est remarquée, forcément. En passant, Francine croit connaître la philosophie parce qu'elle a lu Mange, prie, aime. Madeleine (de Lâcher prise) ne l'aurait pas endurée trois secondes, mais nous, on voudrait la voir plus. Si je reviens, ce sera beaucoup pour elle.

À l'inverse, je prendrai à petites doses du personnage de Mike (Louis-Olivier Mauffette), «un vieux mononque imbécile dans un corps de jeune», pour emprunter les mots de Jean-Marc (Didier Lucien), l'avocat de la boîte, probablement le plus lucide. Macho Mike aligne effectivement cliché sur cliché, du genre: «J'aime ça me faire bosser par une femme, mais juste dans un lit.» Ou encore: «Si j'haïssais les femmes, je passerais pas mon temps à coucher avec!»

Bien entendu, rien de tout ça ne doit être pris au premier degré et Mike passe son temps à se faire reprocher sa misogynie. N'empêche, personne ne voudrait d'un collègue comme lui. Ironiquement, Mauffette donne la réplique à sa conjointe dans la vraie vie, Marie Soleil Dion, qui joue Maude, la réceptionniste, lesbienne assumée, aux idées diamétralement opposées à celles de Mike.

Autre influence des temps modernes sur les auteurs: José Gaudet joue le concierge complotiste sur les bords, maniaque de propreté, qui met son cellulaire dans le micro-ondes au cas où on l'aurait mis sous écoute. Le vaccin? Jamais! Étienne Lou, un autre nouveau venu, joue Phélippe-Alec-André Carrier, un millénarial retardataire, qui se vernit les ongles et dénonce l'hétéronormativité.

D'autres personnages peuplent le bureau. Benoît Cauthé (Jocelyn Blanchard), oui Cauthé, est aux ressources humaines. Le nerd en puissance. Jocelyn (Simon Pigeon), le technicien en informatique toujours sur le «pot», est sans doute le plus fainéant de l'étage. Enfin, Vicky (Anne-Élisabeth Bossé), éducatrice du service de garde, n'a rien de la nounou réconfortante et souhaiterait plutôt faire le party que de surveiller des enfants.

Douze épisodes sont prévus cet hiver. Le premier est déjà disponible gratuitement sur TVA+. Je ne peux pas dire que je me suis bidonné en visionnant les deux premiers. Il m'en faudra plus pour rester accroché, moi qui n'étais déjà pas un fan de la première série. Ne serait-ce que parce qu'on aura grandement besoin de rire cet hiver, Caméra café retrouvera certainement sa place dans le coeur des confinés.

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