On développe des liens parfois très particuliers et pas nécessairement sains avec les objets et notre désir de les posséder.

Calendrier du grand débarras

CHRONIQUE / Des fois, souvent, on ne sait pas par où commencer.

C’est un peu ce qui se passe dans mon trop grand bungalow meublé d’une collection de tables, de vieux fauteuils, de patentes, de gogosses et de cossins rapaillés au fil de trente ans de ventes de garage, de brocantes bon marché et d’antiquaires à l’époque où ils étaient moins populaires et donc moins chers.

J’ai le décor chargé et hétéroclite. Tu viens assurément pas chez nous pour te reposer l’œil, mais c’est un bordel qui me sied assez bien. 

Moins à ma douce, qui depuis quelque temps déjà me presse la patience à grands discours minimalistes. En gros, je résume parce qu’elle parle beaucoup, elle veut qu’on se débarrasse de tout plein de choses, qu’on se lousse du coup l’espace et l’esprit.

Des fois, souvent, tu sais que quelque chose est bon pour toi, mais tu hésites quand même à y aller.

Mais j’ouvre mon cœur, comme diraient les coachs de vie de ce monde.

En fait, j’avais déjà accepté de passer, pièce par pièce, pour faire le tri de ce qui peut partir et de ce qui doit rester, mais ce n’était pas sans avoir déjà apposé un droit de veto sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un livre, un disque, une toile/photo/gravure/sculpture.

Et à quelques petites choses encore pour lesquelles j’ai des projets quinquennaux que je remets de cinq ans en cinq ans.

« Pis les tables tournantes, les projecteurs, les radios qui ne fonctionnent pas? »

Pas touche.

On entend ici le son de la résistance. De ma résistance.

On est tous un peu dans la résistance face au changement, aussi bénéfique s’annonce-t-il.

C’est un peu pour ça que des fois, souvent, faut commencer doucement, même si on sait qu’il faudra plus et plus rapidement. 

L’important, c’est de commencer. Quelque part.

Et de ne pas s’arrêter là.

Je vous parle alors de la députée de Sherbrooke à l’Assemblée nationale, Christine Labrie, un rare petit point orange solidaire en régions du Québec, mais l’allégeance est assez accessoire dans le cas qui nous intéresse.

Mère de trois jeunes enfants, Christine Labrie annonçait cette semaine sur les réseaux sociaux que la petite famille avait instauré un calendrier de l’avent inversé. Concrètement, parents et enfants déposent chaque jour dans un sac à cet effet un objet qu’ils n’utilisent plus et qu’ils souhaitent donner à quelqu’un d’autre. Un quelqu’un d’autre qui pourra, on l’imagine, être connu ou inconnu, individu ou organisme.

Madame Labrie expliquait que l’opération était tellement bénéfique dans sa chaumière qu’ils envisageaient de la poursuivre au-delà du 25 décembre.

J’ai relayé l’idée à la minimaliste de ma propre demeure, démontré une belle ouverture je crois à ce qu’on avance ainsi tout en douceur vers une certaine épuration des lieux et des nécessités.

Parce que l’objectif final, ce n’est certes pas de se débarrasser sur un coup de tête de choses que l’on cherchera désespérément à remplacer à la première occasion.

Ce qu’on souhaite, ultimement, c’est revoir notre relation aux choses, aux objets qui nous entourent, à notre besoin insatiable de se les approprier, de les accumuler, de les remplacer, souvent même avant la fin de leur vie utile. 

Ce qui serait tout à fait extraordinaire, disons-le en cette période de l’avent qui s’adonne à arriver juste avant Noël, c’est de retrouver un rapport plus sain aux bébelles, qu’on ait 7, 37 ou 77 ans.

Fait que je vais amorcer mon calendrier de l’avent un brin en retard, mais y a peut-être des copies vinyles de La Mélodie du bonheur pis de Grease, quelques bouquins que je garde en double pis une table tournante qui vont finalement sortir de la maison.

Des fois, souvent, il faut résister à la résistance.

Quoi faire avec tout ça? Chaque région regorge d’organismes prêts à assurer le relais entre vos surplus et les besoins de quelqu’un d’autre. Et pourquoi ne pas envisager du troc ou encore une méga vente-débarras avec vos collègues ou vos voisins, les fonds recueillis pouvant alors être remis à un organisme ou servir à l’aménagement d’un potager collectif?