Michel Prevost, Raymonde Deveault et Louis-Antoine Blanchette parlent des expropriations de McConnell-Laramée dans les années 1970.

Ça se passait de même

CHRONIQUE / Bien des gens de Gatineau ont encore sur le cœur les expropriations massives des années 1970 afin de faire place à l’autoroute McConnell-Laramée, qui a fini par devenir le boulevard des Allumettières.

On peut les comprendre. Des dizaines de familles des rues Saint-Laurent, Richelieu ou Laramée ont été expropriées cavalièrement à l’époque, afin de permettre la construction de cette autoroute qui ne sera inaugurée qu’en 2007, soit 35 ans plus tard.

Lors de l’inauguration, j’avais interviewé un ancien épicier du quartier. Exproprié en 1973, Roger Renaud avait été dépossédé de son commerce florissant. Tout ça au nom d’un prétendu progrès, tout ça pour céder la place à un lien routier qu’on construirait seulement des décennies plus tard. « Quand je pense que j’aurais pu finir mes jours dans ma maison », regrettait M. Renaud en 2007. Trente-cinq après, il était encore amer de cette expropriation qu’il jugeait humiliante et injustifiée.

Tellement avec raison !

Quand on revient sur cette époque avec nos yeux d’aujourd’hui, on constate avec ahurissement à quel point les gouvernements du temps ne s’enfargeaient pas dans les fleurs du tapis pour planifier le « progrès ». Des consultations publiques ? Des études environnementales ? À quoi bon ? Les gouvernements décidaient. Le bon peuple, qui n’était ni aussi renseigné ni aussi connecté qu’aujourd’hui, en subissait les conséquences.

Ça se passsait de même dans le bon vieux temps — qui n’est pas si lointain.

« À cette époque, ça se faisait de manière très cavalière. Tu recevais un avis d’expropriation et tu avais tant de mois pour déguerpir », raconte Louis-Antoine Blanchette, directeur général du Réseau du patrimoine de l’Outaouais. L’organisme a eu la brillante idée de revenir sur les expropriations de McConnell-Laramée. Il en a fait le thème de son salon annuel qui se tient samedi prochain, aux Galeries de Hull, sous la présidence d’honneur de Louise Poirier. L’idée vient de Raymonde Devault, une ex-résidente du quartier Laramée.

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Le salon est une belle occasion de réfléchir et de tirer des leçons de cet épisode de notre histoire locale.

De nos jours, combien de fois se plaint-on que les grands projets publics mettent du temps à aboutir ? Avant d’avoir un nouvel hôpital, une nouvelle autoroute, il faut toujours plus de consultations et d’études. Oui, c’est long. Oui ça coûte plus cher. L’expérience de McConnell-Laramée nous rappelle qu’il vaut mieux planifier deux fois plutôt qu’une.

Dans le cas de McConnell-Laramée, les gouvernements du Canada et du Québec s’étaient entendus, en 1972, pour construire une autoroute à 6 voies entre Hull et Aylmer. Une autoroute encastrée qui plus est, comme Décarie à Montréal. Une solution imaginée sans consultation ni étude environnementale. Transport Québec a envoyé les avis d’expropriation dès l’année suivante. On ne niaisait pas avec le puck !

En un rien de temps, un quartier vivant, animé, avec des épiceries, un parc de baseball, un concessionnaire automobile a été rayé de la carte. Tout un écosystème urbain a disparu au profit de… rien. Des terrains vagues qui resteraient à l’abandon pendant des décennies.

Heureusement, ce projet d’autoroute complètement débile, qui aurait fini de défigurer Hull, n’a jamais vu le jour. Quand les gouvernements ont été prêts à aller de l’avant, la population a insisté pour mettre son grain de sel.

Ce fut peut-être un mal pour un bien, selon l’historien Michel Prévost. « Au lieu de l’autoroute à 6 voies prévu au départ, on a plutôt construit un boulevard urbain, avec des talus, de la verdure. On a traversé le parc de la Gatineau en respectant l’environnement. En 1973, on aurait passé outre à tout ça… »

Oui, il faut se réjouir de ce que la population a davantage son mot à dire. Même que la tendance est de recréer ces quartiers à l’ancienne, comme Laramée, où les voisins se connaissaient, où il était possible de faire son épicerie à pied. Comme quoi, on peut toujours apprendre de nos erreurs.