L’olympienne Ivanie Blondin donne une conférence à l’école des Voyageurs.

«Ça me fait encore mal»

CHRONIQUE / Jeudi matin, l’école élémentaire catholique des Voyageurs d’Orléans accueillait une de ses plus illustres anciennes élèves. Ivanie Blondin était là, avec ses patins à longues lames, ses lunettes Oakley, sa combinaison d’athlète, son sourire...

J’y étais aussi.

L’invitation avait piqué ma curiosité. En roulant sur la 174, je me demandais si elle oserait.

Parler de son parcours, des sacrifices qu’il faut s’imposer pour l’entraînement, du rêve olympique, c’est facile. Expliquer les défaites et la déception, c’est plus compliqué.

Blondin a vécu une déception majeure, l’hiver dernier, en quittant PyeongChang. Elle aurait voulu rapporter au moins une médaille. Elle n’a pas réussi.

Eh bien, elle a osé.

Elle avait choisi une série de photos à présenter aux écoliers, sur un écran géant. Elle a pris soin d’en inclure quelques-unes où on la voit étendue sur la glace, après sa chute à l’épreuve du départ de masse.

Aux enfants, elle a su expliquer les choses simplement. «Je suis contente de m’être relevée. Je suis fière d’avoir quand même fini ma course, même si je savais que je ne remporterais pas une médaille.»

En répondant à une question du directeur, elle est allée plus loin. «Ça me fait encore mal, quand j’y pense.»

Je lui ai tapé sur l’épaule, à la fin, quand elle a eu fini d’administrer à peu près 350 high fives aux gamins qui retournaient en classe.

«Je ne pouvais pas ne pas en parler, m’a-t-elle expliqué. Si je passe à côté, si je refuse de reconnaître cette défaite, c’est pire.»

On dirait que le mot «défaite» a été choisi au terme d’une bonne réflexion. «Oui, pour moi, c’est une défaite. Pour mes parents et pour les gens qui sont proches de moi, ce n’est pas si pire. Pour moi, c’est difficile de passer à travers. Juste d’en parler, ce matin, j’ai presque pleuré. Je pense que c’est important de bien l’expliquer aux jeunes que je rencontre. Comme ça, ils peuvent comprendre que le chemin qui mène aux Championnats mondiaux et aux titres olympiques n’est pas facile à franchir.»

Un petit retour dans le temps s’impose pour bien comprendre l’histoire. Parce que, des fois, on a tendance à oublier un peu les Olympiens quand les Jeux prennent fin.

Ivanie Blondin, 27 ans, s’est envolée pour la Corée du Sud avec le coeur plein d’espoir et le crâne plein de confiance.

«Je veux me retrouver sur le podium quatre fois», a-t-elle lancé au collègue Martin Comtois. Cette déclaration a été imprimée dans le papier du jeudi 1er février.

Elle se croyait capable de triompher dans les épreuves individuelles de 3000 et 5000 mètres, en plus du départ groupé. Elle avait aussi confiance en l’équipe canadienne de la poursuite.

Elle avait gagné des médailles lors de toute ces épreuves, au préalable, sur le circuit de la Coupe du monde. Elle avait même complété sa préparation en s’offrant l’or sur 3000 mètres, dans une compétition qui se déroulait en Allemagne.

Aux Jeux olympiques, les choses se passent rarement comme prévu. Blondin a terminé sixième sur 3000 mètres et cinquième sur 5000 mètres. Le Canada a terminé au quatrième rang à la poursuite. À la suite de sa chute, au départ groupé, elle a pris le 10e rang dans sa demi-finale.

Rien de gênant là-dedans. Au contraire. On peut comprendre les proches de l’athlète qui ont essayé de lui remonter le moral. Se classer parmi les 10 meilleures patineuses au monde sur trois distances différentes, c’est une performance extraordinaire.

Ivanie Blondin finira bien par trouver, d’elle-même, les moyens de passer l’éponge.

«C’est pas mon premier échec», dit celle qui a terminé la saison en force, en Coupe du monde, après les Jeux.

«Parler de tout ça, c’est quasiment une thérapie», m’a lancé Ivanie Blondin durant notre courte conversation.

J’aurais tendance à croire que cette visite à l’école des Voyageurs pourrait aussi faire partie de cette thérapie.

Avant de faire la file pour lui donner des high fives, les 350 jeunes qui se sont déplacés pour l’écouter l’ont accueillie comme une rock star, en scandant son nom.

Ça crie fort, 350 enfants.

Assez pour donner une bonne tape dans le dos à une femme qui a l’intention de se racheter, dans quatre ans, aux Jeux olympiques de Pékin.