Année après année depuis longtemps. La santé mentale accapare moins de 5 % du budget de la santé et des services sociaux.

Un forum quand le Québec pète sa coche

CHRONIQUE / La ministre de la Santé, Danielle McCann, dit travailler afin de «redonner à la santé mentale la place importante qui lui revient dans l’offre de soins et de services». Redonner? La santé mentale a-t-elle déjà eu au Québec la place qu’elle méritait et qu’exigeaient les immenses besoins des grands anxieux, des TDAH, des dépressifs, des bipolaires, des schizophrènes et leurs proches?

Mme McCann et son gouvernement ont opté pour un forum de consultation sur les jeunes et la santé mentale, plutôt que sur une commission parlementaire itinérante et transpartisane comme le proposaient depuis décembre la députée libérale Hélène David et 1700 individus et groupes.

Parmi eux, le Mouvement jeunes et santé mentale qui réclame depuis 2016 une telle commission inspirée de celle portant sur les soins de fin de vie et mourir dans la dignité.

La ministre veut des «résultats concrets, rapides et réalistes». 

Les malades et leurs proches, ainsi que tous les acteurs qui gravitent autour d’eux, formulent le même souhait. 

Et ce, année après année depuis trop longtemps. La santé mentale accapare moins de 5 % du budget de la santé et des services sociaux.

Et ce aussi, à bout de souffle, à bout de patience, les malades étant trop souvent obligés d’avaler leur pilule faute de soutien et de psychothérapie qu’ils n’ont pas les moyens de se payer.

À bout de larmes également.

Même en l’absence du malade, parce que celui-ci n’est plus de ce monde ayant conclu que seul le suicide pouvait mettre fin à ses souffrances, des proches revendiquent toujours. Pour ceux qui restent, la douleur et l’impuissance ne disparaissent pas après le départ brutal de l’être cher. 

La ministre McCann veut combler «le vide en santé mentale».

Une tâche qui ne peut se limiter à revenir à ce qui prévalait avant les années de minceur budgétaire du gouvernement libéral.

Si tel est le seul objectif, le Québec ne sera guère plus avancé et des familles, les plus riches comme les plus pauvres, continueront de souffrir.

Si on se contente de tout mettre dans le curatif et dans la médicalisation, si on néglige de regarder en amont et d’examiner les conditions de vie qui altèrent la santé mentale, si on délaisse la prévention, si on ne finance pas adéquatement les centres de crise et les organismes communautaires qui peuvent apporter du soutien en divers domaines, la détresse gagnera du terrain.

Avant même la tenue du forum ce printemps, la présentation du premier budget caquiste révélera la hauteur des ambitions du gouvernement Legault en matière de santé mentale.

«C’est le fléau du siècle», affirmait mardi à l’Assemblée nationale la députée Hélène David, psychologue de formation. 

«Le Québec est en train de péter sa coche partout», ajoutait le député de Québec solidaire Sol Zanetti, voyant divers signaux d’alarme dans les taux de suicide, l’épuisement des médecins, des infirmières et l’anxiété des étudiants. 

D’où l’importance, soutient-il avec raison, de s’attarder aussi aux déterminants sociaux de la santé mentale.

Trop patients

Les expériences douloureuses vécues par nombre de familles québécoises et les statistiques montrent l’ampleur du travail à accomplir, notamment chez les jeunes Québécois.

La maladie mentale frappe un jeune sur cinq. Chez 75 % des personnes touchées, les premiers signes apparaissent avant l’âge de 25 ans, dont 50 % avant l’âge de 14 ans.

Nous avons été collectivement trop patients en matière de santé mentale. Jamais nous ne serions aussi patients et aussi tolérants à une insuffisance de soins et de services pour les personnes atteintes de cancer, de troubles cardiaques, pulmonaires ou toutes autres maladies physiques.

Il est plus que temps que ça change.

La ministre McCann et son collègue Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, se montrent à l’écoute - du moins le temps d’un forum- et manifestent une volonté d’agir.

L’ampleur et la complexité du dossier, ainsi que la vulnérabilité des personnes concernées, exigent cependant plus que de regrouper une journée 300 personnes dans une salle d’hôtel et de recueillir leur témoignage de 10 minutes, comme l’a bien illustré la députée David.

Un forum peut être un premier exercice, mais la consultation et une large discussion doivent se poursuivre. Il n’y a pas que les jeunes qui souffrent de troubles mentaux. C’est notamment chez les hommes de 50 à 64 ans que le taux de suicide le plus élevé a été observé en 2016.

Il y a aussi un plan d’action en santé mentale à mettre à jour pour 2020-2025.

Il serait facile de s’éparpiller et de ne pas livrer la marchandise, a dit la ministre McCann. 

Pour livrer la bonne marchandise, il faut aussi prendre tous les moyens pour bien saisir la diversité des besoins.