Le ministre du Travail, Jean Boulet, se présente comme celui qui donnera le coup de barre attendu depuis si longtemps dans le réseau de la santé.

Santé: cap sur la prévention

CHRONIQUE / Qu’une partie de plus en plus grande du budget des établissements de santé et de services sociaux serve à soigner le personnel et les «soignants» est un autre indicateur de l’état critique du réseau. Le ministre du Travail, Jean Boulet, se présente comme celui qui donnera le coup de barre attendu depuis si longtemps. Cap sur la prévention.

Le ministre a repoussé en février-mars le dépôt de son projet de loi sur la modernisation des lois touchant la santé et la sécurité du travail.

En entrevue, il indique lundi que la prévention sera au cœur de sa réforme et que le réseau de la santé et des services sociaux n’y échappera pas. 

M. Boulet souligne que 46,2 % des lésions psychologiques ont été répertoriées en 2018 dans le secteur des services médicaux et sociaux.

Difficile de nier l’existence d’un problème. D’autant plus lorsque c’est l’État qui est l’employeur. 

Dans une shop ou une entreprise privée, si les accidents de travail et les absences pour maladie grugent une partie de plus en plus importante du budget et des profits, et nuisent de surcroît à la productivité, le patron tentera normalement de vite redresser la situation.

Le gouvernement, à titre d’employeur, devrait être animé de la même volonté. D’autant plus dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. D’autant plus que nous savons mieux qu’il y a 40 ans quoi faire pour assurer la santé et la sécurité du personnel, qu’importe le secteur d’activités.

Dimanche, sept syndicats représentant les salariés du secteur de la santé et des services sociaux ont réclamé que le gouvernement Legault déclare prioritaire ce secteur en raison de l’augmentation «fulgurante» du nombre d’accidents et de lésions professionnelles chez les employés.

Les coûts reliés à l’assurance salaire et aux accidents de travail sont en hausse depuis cinq ans dans le réseau de la santé et des services sociaux. 

Depuis 2014-2015, le ratio d’heures d’assurance salaire ne cesse d’augmenter. Il était de 5,92 % il y a cinq ans. Il a atteint 7,52 % en 2018-2019, lit-on dans le plan d’action national visant la prévention des risques en milieu de travail et la promotion de la santé globale 2019-2023, du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Ce sont 557,6 millions $ qui ont été versés en indemnités d’assurance salaire pour l’ensemble des établissements publics en 2017-2018. Une augmentation de 35,1 % par rapport à 2014-2015.

Une partie de ces fonds pourrait être épargnée et servir à d’autres fins si les établissements misaient davantage sur la prévention.

Jean Boulet rappelle qu’un dollar investi en prévention permet d’en économiser cinq. 

Baisse des cotisations à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et des primes d’assurances, augmentation de la productivité, baisse du roulement de personnel, motivation accrue. Le ministre mentionne les avantages à prendre soin de la santé et de l’intégrité physique et psychologique des employés, en santé, mais dans tous les autres domaines.

Dans sa réforme, M. Boulet prévoit plus d’obligations pour les établissements du réseau de la santé et des services sociaux. Une prise en charge des risques par les parties dans chaque établissement. Les parties devront préciser le niveau de risque, identifier des mesures concrètes, se doter d’un comité santé-sécurité et élaborer un programme de prévention.

En 1979, à l’adoption de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, le législateur avait prévu six secteurs prioritaires en matière de prévention. L’application devait se faire progressivement, mais après 40 ans, quatre secteurs, y compris celui de la santé et des services sociaux, la construction et l’agriculture, sont toujours en attente.

Le ministre précise d’ailleurs que seulement 23 % des employeurs sont soumis à l’application entière de la loi, à tous les mécanismes de prévention. 

Ce n’est pourtant pas seulement dans les secteurs des mines, de la foresterie et des scieries qu’il presse de mieux veiller à la santé et à la sécurité des travailleurs. 

Bien sûr, il faudra attendre cet hiver le dépôt du projet pour voir si les propos rassurants du ministre en faveur de la prévention, de la santé et la sécurité des employés se transposeront dans le texte de loi. L’espoir est permis. À suivre.