À cause des déboires de Groupe Capitale Médias, les retraités et employés actifs ne toucheront pas la rente promise, qui est plutôt amputée de près de 30 %.

Retraite: fini le déni

CHRONIQUE / «Fini le déni. On se réveille. Coucou!» dit Retraite Québec dans une vidéo pour faire comprendre aux Québécois que «comme tout projet, une retraite, ça se planifie». Il est temps aussi que le gouvernement du Québec se réveille et se préoccupe de la sécurité financière de milliers d’hommes et de femmes qui ont «planifié» leur retraite en contribuant et en comptant sur un régime à prestations déterminées. Le rôle d’un gouvernement ne se limite pas à veiller à la compétitivité des entreprises.

Faisant partie du lot des salariés qui ne toucheront pas la rente promise à cause des déboires de Groupe Capitale Médias, la campagne de publicité de Retraite Québec m’agace. Vous savez, celle avec l’homme qui part un bon matin faire le tour du monde à vélo bien que sa femme lui signale qu’il ne va même pas au dépanneur à pied. 

C’est bien beau dire aux gens qu’une retraite ça se planifie et ne s’improvise pas, encore faut-il qu’une part des revenus escomptés et «planifiés» ne disparaissent pas parce que l’employeur a failli à ses obligations ou que le gouvernement a fait la vie trop belle aux entreprises. 

Pour faire du chemin sur la pub de Retraite Québec, avec les règles actuelles, un salarié peut contribuer à l’achat d’un vélo solide avec son employeur, mais le jour où il voudra l’enfourcher pour faire le tour de l’île de Madagascar — comme le gars de l’annonce — ou simplement le tour de son quartier, il peut avoir la mauvaise surprise de se retrouver avec une roue en moins ou sans dérailleur. 

Bye bye la planification! Des patrons continueront pour leur part de rouler carrosse. 

Pour éviter d’imposer une charge supplémentaire aux entreprises québécoises qu’il estime déjà lourdement taxées, le ministre des Finances, Éric Girard, refuse de créer, voire d’examiner la possibilité de créer un fonds de garantie de prestations de retraite, sur le modèle ontarien, comme le réclament le Parti québécois, la Fédération des retraités, et des associations de retraités dont celle de Groupe Capitales Médias.

Si au moins le gouvernement Legault proposait une solution valable et rassurante pour les retraités actuels et futurs. Mais non.

Le ministre Girard mise sur la création de régimes de retraite à prestations cibles qui pourront remplacer les régimes à prestations déterminées. Des organisations syndicales ont déjà indiqué que c’était une mauvaise solution, mais les employeurs seront contents. Leur cotisation sera fixe et la prestation que recevra le retraité ne sera pas garantie.

Depuis 2015, les employeurs québécois n’ont plus l’obligation de financer les déficits de solvabilité des régimes de retraite à prestations déterminées. M. Girard ne parle pas de revenir en arrière. C’est pourtant un avantage que n’ont pas les entreprises ontariennes. 

En 2017, lors d’une commission parlementaire visant à consolider le Régime de rentes du Québec, l’actuaire René Beaudry avait souligné que les entreprises ontariennes enviaient les entreprises québécoises. «[…] c’est 4 %, 5 %, 6 % de la masse salariale de plus qu’on paie en Ontario parce qu’on a à financer nos régimes à prestations déterminées en tenant compte de la solvabilité». 

Michel Lizée, économiste à la retraite des Services aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal, rappelait pour sa part mardi, en entrevue à Radio-Canada, que les employeurs ontariens doivent se remettre à financer un régime de retraite si la solvabilité de celui-ci est inférieure à 85 %, et ce, afin d’éviter des réductions de rente de 25 à 35 % en cas de faillite. 

Il y a des pistes de solution à explorer. Mais pour cela, il faut avoir la volonté et le souci de protéger les retraités actuels et les futurs retraités. Leur promettre de belles maisons des aînés ne suffit pas.

Ne pas nuire à la compétitivité des entreprises est toujours l’argument utilisé pour ne pas améliorer les régimes de retraite.

L’ancien ministre des Finances, Carlos Leitão, y avait eu recours aussi en 2016 pour s’opposer à la bonification du Régime de rentes du Québec alors qu’Ottawa et les autres provinces s’entendaient pour améliorer le Régime de pensions du Canada. 

À force d’écouter un peu moins le patronat et davantage des experts comme Alban D’Amours, Luc Godbout, Bernard Morency et René Beaudry, Québec s’était ravisé et avait finalement accepté de hausser les contributions des employeurs et des salariés au RRQ afin que les revenus provenant de ce régime soient plus élevés dans l’avenir.

L’économie du Québec ne s’en porte pas plus mal pour autant. 

Les experts avaient aussi fait valoir au gouvernement libéral que le fardeau fiscal supérieur que devait assumer les entreprises québécoises était attribuable surtout à leur contribution au Fonds des services de santé pour aider au financement du système de soins de santé.

Il apparaît aussi un peu court d’attribuer l’écart de compétitivité des entreprises québécoises aux taxes sur les masses salariales. Même si Québec réduit ces taxes, ce n’est pas une garantie que les entreprises investiront plus dans la formation du personnel, l’achat d’équipement, l’automatisation et l’innovation afin d’accroître leur productivité. 

Comme membre d’un gouvernement qui se targue de ne pas écouter les «lobbys» et d’être près du «monde ordinaire», le ministre Girard manifeste bien peu d’empathie pour les milliers de retraités de Sears, de White Birch, de Groupe Capitales Médias et autre. 

Bien peu d’empressement aussi à éviter que d’autres employés actifs ou retraités connaissent un sort similaire au Québec. Le péquiste Sylvain Roy y voit un «mépris générationnel».

Il faudrait bien qu’une petite cloche intérieure sonne chez nos élus, pour paraphraser le message de Retraite Québec. «Ding ding! Dring dring! Coucou, coucou!». Jusqu’à maintenant, trop d’entre eux font l’autruche pour emprunter une autre image utilisée par l’organisme dans sa campagne pour inciter les Québécois à planifier leur retraite.