La députée caquiste et ministre de la Justice Sonia LeBel s’est alliée lundi avec la péquiste Véronique Hivon, la libérale Hélène David et la solidaire Christine Labrie pour trouver des façons de mieux accompagner les victimes de violences sexuelles et conjugales.

Quatre têtes valent mieux qu’une

CHRONIQUE / C’est plutôt rare que les politiciens reçoivent des bravos sur les réseaux sociaux.

C’est aussi inhabituel que des députés de formations politiques différentes affirment sur les mêmes réseaux qu’ils aiment travailler ensemble.

La caquiste Sonia LeBel, la péquiste Véronique Hivon, la libérale Hélène David et la solidaire Christine Labrie l’ont fait lundi. 

Dans une démarche non partisane, elles cherchent des façons de mieux accompagner les victimes de violences sexuelles et conjugales, et de rétablir la confiance de celles-ci à l’égard du système de justice.

Si tant d’agressions sexuelles ne sont pas signalées à la police, si tant de présumées victimes préfèrent se taire, il y a des raisons. Il faut bien les connaître pour pouvoir aplanir les difficultés. Les élues s’y attaquent.

Quatre fois bravo et espoir de formuler un jour quatre mercis.

Solidarité féminine? 

Désir de faire de la politique autrement, d’explorer les avantages et l’efficacité d’une approche transpartisane? 

Volonté de dissiper le cynisme à l’égard des politiciens et de regagner la confiance du public exaspéré de voir des députés tenir une position lorsqu’ils sont dans l’opposition et une autre lorsqu’ils prennent le pouvoir? 

Nécessité, après la vague de dénonciations découlant du mouvement #MeToo, d’ajuster le système de justice et policier pour lever les embûches, et pour ce faire, quatre têtes, qu’importe leur couleur politique, valent mieux qu’une?  

Le temps dira si les quatre élues seront capables de toujours s’élever au-dessus de la partisanerie et de définir de nouvelles façons de procéder qui feront une différence majeure dans la vie des femmes, mais aussi des hommes, qui ont vécu une agression sexuelle. 

La création ou non d’un tribunal spécialisé dans les crimes sexuels — un modèle proposé par la députée péquiste Véronique Hivon — ne devra pas être le seul critère pour évaluer la qualité de la collaboration des parlementaires. 

L’exemple de la commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité est souvent cité pour vanter les mérites de la collaboration transpartisane. 

Mais ce n’est pas le seul.

La législation sur le patrimoine familial et celle sur l’équité salariale doivent grandement à la solidarité de députées du Parti libéral du Québec (PLQ) et du Parti québécois (PQ), comme Monique Gagnon Tremblay, Jeanne Blackburn et Louise Harel, des élues qui ont su mettre de côté la partisanerie pour rendre justice aux femmes et améliorer leur situation financière. 

Sans cette volonté partagée, le Québec n’aurait pas été à l’avant-garde en obligeant les employeurs à reconnaître à sa juste valeur le travail réalisé dans les emplois à prédominance féminine.

Il a fallu le travail acharné de syndicalistes, de spécialistes et de parlementaires pendant des décennies, mais Québec a finalement dicté dans une loi qu’à travail équivalent, le salaire devait être équivalent. 

Maintenant que les femmes sont plus nombreuses en politique, on peut espérer qu’il sera plus facile de dégager du financement pour aider les organismes qui soutiennent les victimes d’agressions, de proposer et d’adopter des politiques et des lois pour corriger des pratiques qui ne collent plus à la réalité et aux valeurs de 2019.

«La présente législature est historique puisque nous avons, pour la première fois, la parité à l’Assemblée nationale. Les femmes élues deviendront le relais de toutes ces femmes courageuses qui ont pris la parole et celles qui la prendront encore afin de porter leur message», affirmait en octobre la députée caquiste Lise Lavallée, lors d’un rassemblement soulignant le premier anniversaire du mouvement #MeToo.

Des élues du PQ, de Québec solidaire et du PLQ présentes au même événement ont acquiescé, rapportait Le Devoir.

Cette unanimité va-t-elle perdurer, va-t-elle s’étendre dans tous les caucus? 

Les appuis au mouvement #MeToo ne sont pas toujours bienvenus et provoquent parfois des polémiques.

Le géant Procter and Gamble est dans la tourmente depuis dimanche et fait face à un appel au boycottage de ses produits Gillette pour une publicité invitant les hommes à changer de comportement et à mettre fin à une masculinité «toxique».

Le but de la compagnie est de gagner des parts de marché, non d’en perdre. 

Le même objectif anime les partis politiques.