Le Dr Alain Naud fait partie des rares médecins omnipraticiens et spécialistes du Québec qui acceptent de poser l’acte ultime lorsque les malades répondent aux critères d’admissibilité prévus dans la loi.

Moins d'idéologie, moins de souffrances

CHRONIQUE / Le Dr Alain Naud trouve inhumain que des médecins, des établissements de santé et des maisons de soins palliatifs imposent leur idéologie à des malades qui réclament l’aide médicale à mourir. Pour lui, c’est comme dire aux patients : «vous mourrez comme je veux que vous mouriez». Pour lui, c’est l’expression d’un mépris à l’égard des malades.

Les mots sont durs. Ils contrastent avec le ton posé du médecin du Centre hospitalier universitaire de Québec qui a prodigué l’aide médicale à mourir à des dizaines de personnes depuis l’entrée en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie, en 2015. 

Alain Naud fait partie du 1,7 % de médecins omnipraticiens et spécialistes du Québec (quelque 350 sur 23 000) qui acceptent de poser l’acte ultime lorsque les malades répondent aux critères d’admissibilité prévus dans la loi.

Ils sont peu nombreux pour répondre aux vœux des malades québécois. L’accès aux soins s’avère difficile et diffère d’une région à l’autre jusqu’aux derniers moments de la vie. 

La Commission sur les soins de fin de vie qui a rendu public cette semaine son «Rapport sur la situation des soins de vie au Québec (décembre 2015-mars 2018)», est elle aussi préoccupée du fait que le tiers des demandes d’aide médicale à mourir (830 sur 2462) n’a pas été réalisé même si la majorité des patients y étaient potentiellement admissibles.

Ces malades avaient un droit, mais pour diverses raisons, ce droit a été bafoué. Leur demande de mettre fin à leurs souffrances physiques et psychiques et leur souhait de choisir le moment de leur mort n’ont pas été exaucés.

Il ne suffit pas de constater cette situation, de la soutenir par des statistiques et de croiser les doigts en espérant qu’elle se corrigera d’elle-même avec le temps, notamment en augmentant la formation des médecins sur les soins de fin de vie et l’aide médicale à mourir.

Rendre des comptes

Le Dr Naud estime que les médecins et les établissements doivent rendre davantage de comptes et expliquer pourquoi une requête a été ignorée, refusée ou repoussée au point que le malade meurt dans des conditions qui ne sont pas celles qu’il désirait. 

«L’objection de conscience des médecins vient aussi avec des obligations», rappelle-t-il.

Celle de ne pas faire semblant de ne pas avoir entendu la demande de son patient. Celle de ne pas tenter de le dissuader. Celle de ne pas lui fournir des informations erronées sur les critères d’admissibilité ou en inventer de nouveaux. Celle de ne pas abandonner un patient, de ne pas le sortir de l’unité de soins palliatifs et de lui imposer un transfert pour accéder à l’aide médicale à mourir. Celle de l’accompagner et d’agir avec célérité. Celle de ne pas laisser au malade et à ses proches la responsabilité de trouver un médecin qui acceptera de prodiguer l’aide médicale à mourir.

Les établissements doivent aussi expliquer pourquoi des demandes sont refusées. Les disparités entre les régions et les établissements ne sont pas le fruit du hasard, soutient le Dr Naud. 

Il reconnaît que le flou juridique et le fait que les lois du Québec et d’Ottawa ne sont pas harmonisées peuvent apeurer des médecins. 

Il sait aussi d’expérience que répondre à la demande d’un patient exige du temps. Une dizaine d’heures, sans compter la grande charge émotive. 

Tout le volet administratif et les exigences de la Commission des soins de fin de vie peuvent aussi rebuter et dissuader des médecins de s’engager dans l’aide médicale à mourir. Sur ce point aussi, Alain Naud parle d’expérience. 

Mais ces considérations n’expliquent pas tout. Selon le médecin de Québec, et il n’est pas le seul à le dire et à le déplorer, l’opposition à l’aide médicale à mourir est aussi idéologique et religieuse. 

Une opposition souterraine et efficace puisque des centaines de patients sont lésés dans leur droit.

La députée péquiste Véronique Hivon s’inquiète aussi des poches de résistance et des obstructions rapportées. 

En 2016, lorsque les façons de faire du Centre universitaire de santé McGill et de son unité de soins palliatifs avaient été exposées dans les médias, la députée avait affirmé qu’il fallait mettre fin au «paternalisme médical». 

Cette semaine, elle fait appel au leadership de la ministre de la Santé, Danielle McCann. 

En 2017, l’ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette avait ajouté un mandat particulier à la Commission sur les soins de fin de vie, celui d’identifier et d’analyser les demandes d’aide médicale à mourir qui n’ont pas été administrées.

Mme McCann a maintenant le portrait en main et le problème est manifeste. 

Il appartient à son gouvernement de faire respecter l’esprit et la lettre de la Loi concernant les soins de fin de vie. Personne ne doit se penser au-dessus des lois et renier à un malade son droit de mourir dans la dignité.