«Si les services essentiels commencent à partir, on va tout perdre», explique Jacques Roy, président du comité formé pour sauver l’épicerie et le service d’essence.

Mobilisés pour garder leur village vivant

CHRONIQUE / «Nos services, moi j’y tiens!» À Saint-Léon-de-Standon, dans Bellechasse, la formule prend tout son sens et n’est pas qu’un slogan creux. Près de 100 000 $ viennent d’être amassés en quelques semaines auprès des 1128 résidents et propriétaires afin de conserver une épicerie dans le village et avoir à nouveau une station d’essence dans la municipalité.

Pour les personnes vivant en ville où les services sont variés et rapidement accessibles, où des campagnes de financement participatif sont menées pour différentes causes, mais rarement sinon jamais pour un poste d’essence ou une épicerie, une telle mobilisation étonne. 

Pas pour les gens «de la place». Pour eux, c’est la survie de leur municipalité qui est en jeu. 

«Si les services essentiels commencent à partir, on va tout perdre», explique Jacques Roy, président du comité provisoire formé afin de créer une coopérative de solidarité qui pourrait acquérir l’épicerie existante et assurer la desserte en essence.

Au lieu d’être défaitiste et de voir le village mourir à petit feu, la population locale se mobilise et accepte de sortir de l’argent de sa poche avant de frapper à d’autres portes pour obtenir du soutien financier, deux fois plutôt qu’une. 

Les citoyens ont déjà été sollicités afin de doter la municipalité d’une résidence pour personnes âgées. Et le but a été atteint. Les aînés du village n’ont pas à déménager en ville ou dans une autre municipalité le jour où ils doivent quitter leur maison. Ils peuvent s’installer dans leur village, sur le bord de la rivière Etchemin, à la Villa des Méandres.

«Les gens ne sont pas durs à convaincre. Ils tiennent à leur paroisse. Ils veulent conserver leurs acquis. Ils savent que s’ils ne se mobilisent pas, s’ils ne se prennent pas en main, ils risquent de tout perdre et de devoir se déplacer pour tout», raconte M. Roy.

Depuis l’an dernier, les résidents de Saint-Léon n’ont plus accès à une station d’essence. Ils doivent rouler une quinzaine de minutes et plus vers les municipalités voisines pour faire le plein, acheter de l’essence pour leur tondeuse ou leur tronçonneuse.

Saint-Léon a encore une petite école primaire. Une caisse populaire Desjardins ouverte deux jours par semaine. Un casse-croûte. Un gîte : «Au vieux presbytère». Une quincaillerie, dont M. Roy a été copropriétaire pendant 25 ans et où il travaille toujours. 

«Si le village perd des services, c’est aussi des emplois qui disparaîtront. Six-sept emplois dans une paroisse de 1100 habitants, ça paraît».

Le quincaillier, qui a été également chef pompier pendant de nombreuses années, dit comprendre que le monde aime aller magasiner en ville dans les Costco et Walmart. 

«Je leur dis cependant : “Vous aimez ça Saint-Léon, vous trouvez ça beau Saint-Léon. Mais êtes-vous prêts à déménager? ” Le jour où il n’y aura plus de services de proximité, c’est le danger qui guette». 

Qui veut rester, venir s’établir, ou même s’arrêter dans un village où il n’y a aucun service?

La municipalité de Saint-Léon-de-Standon a beau être surnommée «la petite Suisse», les vallons et la rivière sinueuse ne suffissent pas à combler les besoins des citoyens.

Propriétaire d’une résidence dans cette petite localité, j’ai été invitée à acheter des parts dans la future coopérative.

Même s’il reste beaucoup à faire pour que le projet se concrétise, même si les ristournes ne sont pas pour demain, bien des «gens de la place» et des «non permanents» répondent positivement. Selon M. Roy, il ne manque que 10 000 $ pour que l’objectif de 100 000 $ soit atteint. 

«C’est comme un don», dit le président du comité. Un don pour des services de proximité, pour des emplois et la survie d’un village. Une cause qui en vaut bien d’autres.