La Dre Diane Francoeur préside la Fédération des médecins spécialistes du Québec.

Médecins spécialistes: excès de tests et de revenus

CHRONIQUE / Comme d’autres provinces et d’autres pays l’ont fait avant eux, Québec et les médecins spécialistes semblent enfin prêts à discuter de la pertinence des soins et des coûts occasionnés par les tests et les actes médicaux superflus. Mieux vaut tard que jamais. À condition bien sûr que le Conseil du Trésor et le «syndicat» des médecins ne perdent pas de vue l’intérêt des malades.

Impossible lundi d’en savoir davantage sur la forme et le mandat de l’institut de la pertinence des soins que la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et le Conseil du Trésor auraient convenu de créer en s’inspirant du modèle existant depuis 2018 en Ontario. 

Le contenu de l’entente demeure confidentiel jusqu’à son approbation finale, dans deux à trois semaines.

Puisque des directives émises par des sociétés savantes et l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) guident déjà les pratiques des médecins et que le Collège des médecins veille à la sécurité du public, un institut sur la pertinence des soins a-t-il sa raison d’être? Et si oui, sous quelle forme et à quelles conditions?

Le Collège des médecins n’a pas voulu lundi se prononcer avant de connaître le rôle et le mandat de la future créature.

«Pourquoi est-ce qu’on continue à faire un test Pap tous les ans alors que les recommandations sont de le faire aux trois ans?» demandait la semaine dernière la présidente de la FMSQ, la Dre Diane Francoeur. Elle donnait également l’exemple de mammographies prescrites à des femmes de plus de 70 ans même si les lignes de recommandations ne le stipulent pas.

Pourquoi en effet ce décalage entre les pratiques et les lignes directrices qui n’est pas unique au test Pap et aux mammographies? 

Pour répondre à la demande et à l’inquiétude des patientes et des patients qui sont prêts à frapper à plusieurs portes pour avoir tel type de test? 

Par souci de professionnalisme ou par routine?

Par appât du gain ou pour limiter les risques de poursuite?

Par ignorance des dernières lignes directrices et des résultats des plus récentes études scientifiques?

En 2017, le président de l’Association médicale du Québec, Hugo Viens, soulignait en entrevue que plusieurs années s’écoulent entre la transmission des études, des directives et leur mise en application. Après cinq ans, 50 % des médecins les mettent en pratique. Un taux de 80 % est atteint après dix ans. 

L’Association médicale canadienne et l’Association médicale du Québec (AMQ) suggèrent depuis plus de cinq ans de s’attaquer aux «surdiagnostics» et aux «surtraitements». 

En 2014, l’AMQ évaluait qu’entre 3 et 5 milliards $ pourraient être économisés chaque année en réduisant le nombre de soins de santé superflus. Des milliards de dollars qui pourraient être utilisés à bon escient dans le réseau de la santé, mais aussi en éducation ou pour remplir une autre mission de l’État.

La défunte Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux appuyait l’AMQ et la campagne «Choisir avec soin». En 2017, le directeur général de l’AMQ constatait cependant que les centres intégrés de santé et de services sociaux issus de la réforme Barrette n’avaient pas encore pris le relais. 

L’arrivée du gouvernement de François Legault a-t-elle changé la donne?

L’an dernier, la Fédération des médecins spécialistes avait suggéré un plan d’action aux diverses formations politiques en campagne électorale afin d’accroître l’accessibilité aux soins et aux services spécialisés.

Parmi 14 mesures préconisées, la FMSQ suggérait notamment au futur gouvernement de mettre en place «des outils de mesure de la pertinence des soins et promotion systématique des critères de pertinence relatifs à la demande d’examens diagnostiques ou au choix du traitement en fonction des preuves scientifiques reconnues». La fédération proposait de le faire en collaboration avec l’INESSS et au moyen de la plateforme d’apprentissage MÉDUSE.

L’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), celui-là même qui doit fournir au cours des prochaines semaines des données sur la rémunération des médecins spécialistes au Canada, a produit en 2017 un rapport technique sur «Les soins non nécessaires au Canada». Il reprendra l’exercice dans trois ans. 

L’ICIS indiquait dans son premier rapport que la réduction des coûts ne devait pas être l’objectif premier d’une campagne comme Choisir avec soin, mais bien la qualité des soins et la réduction des préjudices aux malades. 

Souhaitons que les négociateurs du Conseil du Trésor et de la FMSQ partagent ce souci.