Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Le Québec a perdu de vue au fil des ans une des raisons d’être de l’implantation des services de garde éducatifs à faible coût : le bien-être et le développement des tout-petits vulnérables et de familles moins bien nanties.
Le Québec a perdu de vue au fil des ans une des raisons d’être de l’implantation des services de garde éducatifs à faible coût : le bien-être et le développement des tout-petits vulnérables et de familles moins bien nanties.

Les enfants oubliés

CHRONIQUE / Le Québec a perdu de vue au fil des ans une des raisons d’être de l’implantation des services de garde éducatifs à faible coût : le bien-être et le développement des tout-petits vulnérables et de familles moins bien nanties.

Ce n’est pas parce que le Québec est souvent cité en exemple pour sa politique familiale qu’il a tout bon.

Le dernier rapport de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, pointe du doigt certaines lacunes du ministère de la Famille, notamment l’encadrement minimaliste des listes d’attente, des critères d’admission et le peu de suivi des allocations versées pour l’intégration des enfants handicapés ou ayant des défis particuliers.

Oui, l’accès accru à des services de garde a favorisé grandement la conciliation travail-famille et la participation des jeunes mères au marché du travail.

Le travail au noir dans ce secteur a aussi été enrayé avec la création des places à contribution réduite à compter de 1997.

Mais, le Québec a beau consacrer annuellement plus de 2,4 milliards $ aux centres de la petite enfance (CPE), aux garderies privées subventionnées et accorder des crédits d’impôt aux parents dont l’enfant n’a pas accès à une place subventionnée, il reste encore à faire et à remodeler pour assurer une égalité des chances à tous les enfants de moins de cinq ans.

Il y a des services de garde qui ne respectent pas les obligations dictées par le ministère de la Famille. Certains, par exemple, font fi du guichet unique dans l’attribution des places vacantes et d’autres n’ont pas le ratio d’éducatrices qualifiées exigé.

Il y a des familles qui s’en tirent mieux que d’autres pour dénicher une précieuse place dans un service de garde. Et ce ne sont pas toujours les enfants qui en ont le plus besoin qui profitent d’un CPE ou d’une garderie qui les stimulera, les aidera à progresser dans leurs apprentissages et comblera les carences de leur milieu familial.

Les enfants vulnérables et de familles à faible revenu sont trop souvent sous-représentés dans les services de garde éducatifs subventionnés, notamment à Montréal et à Laval. La vérificatrice générale n’est pas la première à faire ce constat.

Le commissaire au développement durable ajoute ses observations dans le rapport remis jeudi. Il rappelle que l’accès à des services de garde éducatifs de qualité est un enjeu de développement durable.

«L’éducation commence dès la naissance et non pas à l’âge de 4 ou 5 ans. Il s’agit du constat sur lequel s’accorde la majorité des chercheurs sur la petite enfance au Canada et aux États-Unis depuis 25 ans», écrit-il.

Le commissaire au développement durable souligne aussi que des services de garde de qualité peuvent permettre d’éviter des dépenses en aval dans le système d’éducation pour surmonter des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage.

L’audit de la vérificatrice révèle des pratiques qui nous éloignent du rôle préventif et crucial des services de garde.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, dit partager les constats de Mme Leclerc et compte présenter un plan «au cours des prochaines semaines, au cours des prochains mois».

Dans ses commentaires au bureau de la vérificatrice, le ministère admet qu’il reste du chemin à parcourir pour atteindre l’objectif d’offrir des services de garde de qualité à tous les enfants du Québec.

Il rappelle cependant que contrairement aux réseaux de l’éducation, de la santé et des services sociaux, les services de garde éducatifs à l’enfance relèvent du privé, ce qui viendrait limiter la capacité d’agir du ministère de la Famille. «Le ministère doit adopter ses façons de faire en conséquence.»

L’État consacre annuellement plus de 2 milliards $ pour soutenir les familles et les enfants. Il devrait aller de soi que les subventions viennent avec des conditions et que le ministère s’assure de leur respect.

La directrice de l’Association québécoise des centres de la petite enfance, Geneviève Bélisle, croit qu’un coup de barre est nécessaire. Elle déplore le développement anarchique du réseau.

Selon elle, l’organisation et le financement du réseau favorisent les parents scolarisés qui travaillent cinq jours par semaine.

C’est bien un programme universel, pourvu que les plus vulnérables et les plus pauvres y trouvent leur compte.