Les médecins seraient prêts, du moins selon la ministre de la Santé Danielle McCann, à faire plus de place aux infirmières praticiennes spécialisées.

La fin du carcan médical?

CHRONIQUE / Ça semble trop beau pour être vrai. Les médecins seraient prêts, du moins selon la ministre de la Santé Danielle McCann, à faire plus de place aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS). Attendons de voir quelle est cette place avant de crier enfin et bravo.

Les pourparlers et les négociations sont toujours très longs et très ardus lorsqu’il est question de revoir qui fait et qui pourrait dorénavant faire quoi dans le réseau de la santé. 

C’est vrai entre les médecins et les infirmières praticiennes spécialisées et pour toutes les autres professions. Les médecins veillent sur leur champ de pratique et résistent si les pharmaciens en veulent une partie. Les infirmières protègent leur territoire si les infirmières auxiliaires veulent s’y aventurer.

La ministre se donne un an pour que le cadre permettant aux IPS de poser des diagnostics soit en place.

Si elle y parvient, on pourra parler d’un miracle.

De nouveaux règlements et de nouvelles directives de pratique pour les IPS sont en place depuis seulement l’an dernier et découlent d’un accord, après de longues discussions, entre le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. 

Et là, seulement parce qu’elle leur demande gentiment, la nouvelle ministre de la Santé obtiendrait le consentement des médecins qui ne verraient plus d’obstacles à ce que les IPS posent des diagnostics sans devoir nécessairement se référer à eux? 

Le fruit de l’interdisciplinarité attendu depuis des décennies au Québec serait enfin mûr et Danielle McCann n’aurait qu’à le cueillir. 

Nouveau gouvernement, nouvelle ministre de la Santé, nouveau président au Collège des médecins, nouveau président à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, et hop, toutes les résistances tombent.

Ce qui était impossible il y a moins de deux ans le devient.

Les patients pourraient plus rapidement avoir accès à certains soins avec une «super infirmière» sans attendre d’obtenir un rendez-vous avec un médecin.

Le système de la santé qui accapare environ 50 % du budget de la province pourrait ainsi freiner un peu la croissance de ses dépenses puisque la formation de l’IPS est moins onéreuse que celle du médecin, et que ce dernier gagne plus cher. 

À écouter lundi les propos des présidents du Collège des médecins et de la Fédération des omnipraticiens du Québec (FMOQ), il apparaît évident toutefois que les ficelles du projet de Mme McCann ne sont pas toutes attachées. 

Il ne suffit pas de formuler un vœu pour qu’il se réalise et que le Québec compte enfin lui aussi sur l’apport des IPS comme le font d’autres provinces au Canada.

Les médecins ne ferment pas la porte mais ne l’ouvrent pas non plus toute grande en disant «Bienvenue les IPS, il y a des malades et de l’ouvrage pour tout le monde».

Le Collège des médecins se dit prêt à collaborer, à développer un partenariat, à faire des avancées. Mais, son président Mauril Gaudreault affirme du même souffle que son rôle est de protéger le public et que les médecins sont encore les seuls qui ont la formation nécessaire pour poser un diagnostic dans une autonomie complète. 

Louis Godin, à la tête de la FMOQ, se dit aussi convaincu que «le diagnostic est quelque chose de médical et c’est quelque chose qui appartient vraiment aux médecins». 

La ministre McCann n’exclut pas de recourir à un projet de loi pour modifier la loi médicale. Vraiment?

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement caquiste durcit le ton devant les médecins, estimant que les libéraux ont été beaucoup trop généreux à leur égard.

Les troupes de François Legault voulaient revoir l’entente avec les médecins spécialistes et récupérer 1 milliard $.

La ministre souhaitait également que la Régie de l’assurance maladie du Québec soit plus sévère et divulgue le nom des médecins qui lui réclament des sommes en trop.

Tant Mme McCann que ses collègues du conseil des ministres ont reculé et changé de ton. Le même scénario va-t-il se répéter une autre fois?

Si Québec veut davantage que les divers professionnels de la santé travaillent en interdisciplinarité, le mode de rémunération des médecins doit être revu et prévoir une mixité de modalités (à l’acte, capitation, salariat) recommandait le Commissaire à la santé et au bien-être, en 2009. 

Faudra-t-il compter un an ou encore 10 ans pour y parvenir?