Le premier ministre François Legault souhaite ramener la rémunération des médecins spécialistes à un niveau qui correspond à la capacité de payer du gouvernement québécois.

La bonne foi des médecins

CHRONIQUE / Les Québécois ont suffisamment payé pour le traitement royal que le gouvernement Couillard a accordé aux médecins spécialistes, alors qu’il appliquait partout un régime minceur. Les contribuables et les patients veulent en avoir plus pour leur argent en santé. Et non pas que le gouvernement Legault alourdisse davantage la note avec des démarches coûteuses et interminables devant les tribunaux.

Certes, le premier ministre François Legault jouit d’un très fort appui de la population dans la partie de bras de fer qui s’annonce avec le gouvernement et la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Une opinion publique favorable ne garantit pas pour autant une victoire pour le gouvernement devant les tribunaux. Ne nous leurrons pas.

M. Legault et le président du Conseil du Trésor veulent se présenter comme deux politiciens et comptables agréés qui se tiennent debout devant le puissant «syndicat» de médecins. Leur attitude de fermeté donne aussi le ton aux prochaines négociations dans le secteur public qui s’enclencheront au cours des prochains mois.

Le milliard de dollars qu’ils ont promis de récupérer dans les poches des médecins spécialistes n’est pas pour autant facilement à portée de main.

Le premier ministre a indiqué cette semaine qu’il voulait rouvrir l’entente liant Québec et les spécialistes jusqu’en 2023, et qu’il était prêt à recourir à une loi spéciale pour atteindre son objectif d’ici la fin de l’année.

Il souhaite ramener la rémunération des médecins spécialistes à un niveau qui correspond à la capacité de payer du gouvernement québécois.

Un médecin spécialiste touche en moyenne 428 941 $ au Québec, comparativement à 375 000 $ ailleurs au pays (une donnée qui exclut l’Alberta et la Saskatchewan). Selon M. Legault, les professionnels devraient gagner 9 % moins que leurs confrères des autres provinces.

L’entente qu’il veut modifier prévoit que les parties peuvent revoir les paramètres de celle-ci à la lumière d’une étude de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), mais seulement pour corriger un écart à la hausse.

Même si l’entente «négociée de bonne foi» entre le gouvernement précédent et la fédération apparait encore plus inacceptable et injustifiable, il est loin d’être assuré que l’équipe caquiste peut s’en défaire en sortant la menace d’une loi spéciale. On ne renie pas aussi facilement la signature d’un contrat signé par un gouvernement précédent.

La Fédération des médecins spécialistes a les moyens de se défendre longtemps. Elle est d’ailleurs représentée par l’ancien premier ministre Lucien Bouchard. 

Fin de la gloutonnerie

Les Québécois reconnaissent les compétences des médecins et l’exigence de leur travail. Ils apprécient «leur» médecin, «leur» spécialiste. Mais pas au point d’accepter sans broncher que ceux-ci remplissent leur compte en banque alors que d’autres acteurs du réseau de la santé sont sous-payés, que l’accès à des soins demeure ardu et que le budget de la santé accapare la moitié du budget de l’État.

Ils ne tolèrent plus la gloutonnerie salariale «des médecins» ainsi que l’aveuglement et le laxisme dont ont fait preuve les gouvernements précédents en ne surveillant pas davantage la facturation présentée à la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ). 

Il existe par ailleurs bien des défis importants à relever dans d’autres domaines que celui de la santé et cela requiert également des fonds publics.

Ce n’est pas parce que le Québec affiche maintenant d’importants surplus que les ententes passées entre les libéraux et les médecins spécialistes deviennent plus acceptables.

Les membres de la Fédération des médecins spécialistes ne vivent pas dans une bulle. Ils doivent bien constater eux aussi que l’État et les fonds publics doivent servir à bien d’autres choses qu’à leur enrichissement personnel.

La profession médicale a été entachée ces dernières années par les avantages démesurés consentis par le trio de médecins Couillard-Barrette-Iglesias et par les abus de certains médecins dévoilés par les médias. 

La Fédération des médecins spécialistes et sa présidente, Diane Francoeur, ont l’occasion de corriger le tir et de regagner la sympathie de la population. 

Ce n’est sûrement pas en faisant subir aux malades les contrecoups de leur négociation avec Québec, en faisant planer la menace d’exode, ni en se lançant dans une bataille juridique coûteuse pour le gouvernement et les contribuables qu’ils y parviendront. 

Tant les médecins spécialistes que le gouvernement Legault ont intérêt à négocier, à trouver des compromis avec l’ensemble des données de l’ICIS en main, et ce, sans jamais perdre de vue l’intérêt des malades.