La ministre de la Santé, Danielle McCann, assure que le dossier du temps supplémentaire obligatoire est son dossier numéro un.

Infirmières: le 8 avril à l’année

CHRONIQUE / Ce serait bien si c’était le 8 avril à l’année. Bien sûr, pas pour le temps, la neige et le verglas. Mais pour que les hôpitaux et les centres d’hébergement de soins de longue durée recourent seulement aux heures supplémentaires de travail lors de situations exceptionnelles et urgentes, et cessent de les imposer quotidiennement aux équipes soignantes.

La ministre de la Santé, Danielle McCann, assure que c’est son dossier numéro un. Pourvu que sa bonne volonté dure plus qu’une saison et que son confrère du Conseil du Trésor, Christian Dubé, partage les mêmes objectifs.

Les syndicats d’infirmières dénoncent depuis plus d’une décennie que le recours au temps supplémentaire obligatoire est devenu une façon de gérer le personnel dans le réseau de la santé.

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Est-ce que cette fois sera la bonne? Est-ce que les syndicats et le gouvernement pourront convenir d’un accord et mettre derrière eux ce problème qui mine la santé des infirmières, met en danger la santé et la sécurité des patients, et nuit à l’attraction et à la rétention du personnel infirmier dans le réseau public de santé?

Les conventions collectives viendront à échéance au printemps 2020. Avec son «électrochoc» sur le temps supplémentaire obligatoire, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), prépare déjà le terrain et l’opinion publique pour la prochaine négociation avec le gouvernement Legault.

Rappelons que le budget caquiste prévoit une croissance des dépenses en santé de 5,4 % cette année, mais que celle-ci baissera à 4,1 % pour les années subséquentes.

Depuis qu’elle est en poste, la ministre McCann se veut rassurante. Elle veut réduire le temps supplémentaire obligatoire et se soucie de la santé du personnel du réseau, infirmier ou autre.

L’ancienne gestionnaire devra toutefois composer avec le cadre budgétaire de son gouvernement et avec toutes les autres demandes qui proviendront des autres salariés de la santé, mais aussi de ceux de l’éducation et de la fonction publique.

Lundi, jour de mobilisation de la FIQ contre le temps supplémentaire obligatoire, la ministre McCann a affirmé que «la journée d’aujourd’hui va faire la démonstration que c’est possible. Nos pdg et nos établissements veulent changer complètement cette situation. Ça ne se fait pas en deux jours, mais ça va se faire dans les prochaines semaines».

La démonstration de lundi n’a cependant pas été faite sans conséquence. Certes, les établissements de santé ont pris acte du message lancé mardi dernier par la ministre et pris les moyens et les mesures nécessaires pour éviter de recourir au temps supplémentaire obligatoire le 8 avril.

Dans l’ordonnance rendue vendredi, le Tribunal administratif du travail déplore cependant que «malheureusement, ces mesures vont, dans certains établissements, jusqu’à annuler des chirurgies électives et réduire certains services».

C’est dire comme le problème est aigu et qu’il ne peut se résoudre en claquant des doigts.

Ratios soins-patients

Infirmier, professeur adjoint à la Faculté des sciences infirmières à de l’Université Laval, chercheur à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, et conjoint d’une infirmière, Patrick Martin a donné lundi son appui aux infirmières manifestant devant le CHU de Québec.

Il constate l’approche d’ouverture de la ministre McCann et espère que le temps supplémentaire obligatoire sera éradiqué, que les conditions d’exercice de la profession seront rehaussées, et ce, à la fois pour assurer la santé des patients et celle des infirmières.

Est-ce que cela passe nécessairement par l’instauration de ratios sécuritaires en soins-patients, voire par une loi comme le préconise la FIQ s’inspirant de la Californie et de certains États australiens?

Selon le professeur Martin, les ratios ne sont pas une panacée.

En campagne électorale, aucune formation politique n’a pris l’engagement d’adopter une loi sur les ratios sécuritaires à la fin des projets pilotes lancés finalement au printemps 2018, après le cri du cœur de l’infirmière Émilie Ricard.

Mme McCann dit comprendre l’impatience des infirmières et des infirmiers. Au point de convaincre son gouvernement d’accepter un carcan et des dépenses supplémentaires?

À suivre.