Le premier ministre François Legault était souriant cette semaine en se rendant à la période de questions à l’Assemblée nationale.

Excuses de façade

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault s’est excusé pour sa réforme bâclée du programme de l’expérience québécoise (PEQ). Mais, il ne semble pas avoir tiré une véritable leçon de cette crise. La même détermination aveugle, le même empressement et le même mépris des voix discordantes s’expriment dans la défense du projet de loi sur l’organisation et la gouvernance scolaires.

Après les difficultés et le recul devenu nécessaire dans le dossier du PEQ et de l’immigration, on aurait pu s’attendre à ce que l’équipe caquiste porte davantage attention aux lacunes que plusieurs groupes relèvent dans le projet de loi 40.

Ce qui se dit hors des rangs caquistes, ce que pensent des gens qui sont sur le terrain ou qui représentent les acteurs qui s’y trouvent au quotidien peut être pertinent. Ce ne sont pas qu’un lot de débranchés, déconnectés de ce que veulent les Québécois francophones. Ils peuvent peut-être éviter un autre faux pas au gouvernement.

Au lieu de prêter attention aux porte-parole des gens d’affaires, des universités et des cégeps qui s’inquiétaient des effets négatifs du resserrement du PEQ, François Legault avait plutôt déclaré que les premiers recherchaient du cheap labor et les seconds, du financement. 

Pour minimiser les critiques, le premier ministre avait même sorti «l’argument massue» que 90 % des gens appuyaient son approche sur Facebook. 

Cette semaine, à la période de questions à l’Assemblée nationale, M. Legault a décrit les commissaires scolaires comme les «petits amis des libéraux». Il a accepté de retirer ces propos, en ajoutant toutefois que «nous, nos petits amis, ce sont les enfants». 

Si tel est le cas, le projet de loi 40 exige plusieurs modifications et ne doit pas être adopté à la hâte. 

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, affirme bien sûr qu’il est ouvert à apporter des amendements. Notamment, à revoir l’article concernant la «majoration» des notes qui suscite la grogne des enseignants.

Difficile toutefois de croire à une ouverture sincère lorsqu’il tourne au ridicule ou minimise les inquiétudes des députés de l’opposition et des personnes qui ont décelé des failles dans son volumineux projet de loi. Qui plus est, lorsqu’il vise toujours l’adoption de celui-ci d’ici le congé des Fêtes.

Que les Québécois francophones n’accourent pas pour voter aux élections scolaires n’autorise pas pour autant le gouvernement à faire fi de toutes les mises en garde formulées à propos de son projet qui va bien au-delà de l’abolition des commissions scolaires et de la transformation des commissions scolaires en centres de services. 

Il faut changer pour le mieux, et non pour pire. 

Les Québécois francophones ne veulent peut-être plus des élections scolaires comme le soutient le premier ministre, mais ils ne veulent sûrement pas non plus d’un système scolaire qui crée encore plus d’inégalités entre les enfants, ni d’un système encore plus centralisé au bureau du ministre.

Vices cachés

La critique de Québec solidaire en matière d’éducation, Christine Labrie, estime que le projet de loi est rempli de vices cachés. Au Parti libéral, Marwah Rizqy s’inquiète du partage de ressources et de services entre écoles publiques et privées. Au Parti québécois, Véronique Hivon dénonce les nouveaux pouvoirs que s’accorde le ministre et la prétendue décentralisation puisque les directions d’école n’auront aucun nouveau pouvoir.

Libéraux, solidaires et péquistes s’inquiètent tous du magasinage d’écoles publiques et des inégalités scolaires accrues que risque d’engendrer le projet de loi 40. Ce n’est pas banal.

Mais encore là, le ministre repousse la critique du revers de la main. Selon lui, l’opposition s’oppose pour s’opposer. 

Les lacunes de son projet de loi ont aussi été exposées par le Directeur général des élections, par l’Institut sur la gouvernance, par des commissions scolaires, par des syndicats d’enseignants, par des représentants des parents. Bien sûr, des groupes ont par ailleurs réservé un accueil plus positif aux changements préconisés par le ministre. 

Mais pour que les petits amis des caquistes — les enfants — soient vraiment gagnants dans cette réforme de la gouvernance et de l’organisation scolaire, le ministre doit se centrer sur les intérêts des élèves, et non chercher simplement à cocher un autre engagement inscrit dans la plate-forme électorale de son parti.

Le premier ministre Legault rappelait cette semaine que le gouvernement libéral et son ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, avaient retiré son projet de loi «tellement c’était brouillon». Le ministre Bolduc réduisait le nombre de commissions scolaires et faisait miroiter des économies.

M. Legault n’a pas mentionné l’autre réforme de gouvernance proposée par le successeur de M. Bolduc, François Blais, qui elle aussi a été abandonnée.

M. Blais proposait un système hybride, une démocratie scolaire à deux vitesses. Son projet de loi était alambiqué et risquait d’être contesté devant les tribunaux.

«Plus de pouvoirs aux personnes les plus près des élèves pour favoriser la réussite scolaire», clamait aussi le ministre de l’époque.

Ce n’est pas parce qu’un gouvernement trouve le gouvernement précédent brouillon qu’il ne s’en inspire pas.