Au printemps 2017, le député caquiste François Paradis appuyait la cause de Parents pour toujours, soit d’aider les parents d’enfants handicapés, et pressait le gouvernement libéral de Philippe Couillard d’agir.

Écoute à deux vitesses

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault se targue d’être à l’écoute de la population, mais force est de constater que les parents d’enfants handicapés n’ont pas l’écoute et l’attention qu’ils méritent de sa part.

Oui, je sais, Québec a annoncé la semaine dernière une bonne nouvelle aux parents d’enfants handicapés. Le gouvernement caquiste a ajouté non pas 22 millions $ comme promis, mais bien 30 millions $ pour soutenir davantage de familles.

Il a aussi allégé quelque peu la procédure de demandes d’aide, prévu une rétroactivité et il donne un peu d’oxygène aux proches aidants en ajoutant également des fonds pour eux. 

C’est un bon début, mais il presse de livrer toute la marchandise promise en campagne électorale aux parents d’enfants handicapés. 

Les mères, les pères ou les proches d’enfants handicapés, notamment ceux devenus adultes, devront attendre encore pour voir la concrétisation de la promesse de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’établir une équité entre les familles naturelles et les familles d’accueil qui veillent sur des gars et des filles qui ne sont pas devenus autonomes et indépendants le jour de leur majorité.

Selon le tableau fourni par la firme Raymond Chabot Grant Thornton au Réseau d’entraide pour parents d’enfants handicapés L’Étoile de Pacho, une famille naturelle touchait en moyenne 20 458 $ de soutien gouvernemental en 2016, comparativement à 35 454 $ en moyenne pour une famille d’accueil. Si la personne handicapée devait se retrouver en milieu hospitalier, l’État déboursait 62 056 $ par année pour elle.

Le gouvernement Legault assure qu’il tiendra sa promesse et trouvera une formule plus juste. «On n’a qu’une seule parole», a déclaré le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.

Le hic, est que le ministre et le premier ministre signalent que leur gouvernement a quatre ans pour respecter son engagement.

Quatre ans, c’est long pour des parents dont la tâche quotidienne est énorme, voire intenable.

Quatre ans, c’est long lorsque vous expliquez depuis des années aux députés, aux ministres et à la population que la situation actuelle n’a pas d’allure et qu’elle pénalise les parents qui veulent s’occuper de leurs grands enfants à la maison. 

«Cet enfant, c’est le mien. Je veux m’en occuper. Je ne veux pas déléguer mes responsabilités à l’État. Ce que je veux, c’est que l’État m’aide à supporter ma famille. […] C’est un plaidoyer pour garder les familles unies», témoignait au printemps 2017 Martin Houle, un père de famille membre de Parents pour toujours.

M. Houle participait à ce moment à une conférence de presse tenue au Parlement avec le député caquiste François Paradis qui appuyait la cause de Parents pour toujours et pressait le gouvernement Couillard d’agir.

Autre gouvernement, même attente

Deux ans plus tard, la voix du père de famille se fait une fois de plus entendre à Québec.


« Je n’ai jamais été autant découragé et humilié. On avait confiance et aujourd’hui, on se fait encore dire d’attendre. On s’est déplacés pour vous permettre de faire des belles photos en campagne. »
Martin Houle, père de famille membre de Parents pour toujours

«Je n’ai jamais été autant découragé et humilié. On avait confiance et aujourd’hui, on se fait encore dire d’attendre. On s’est déplacés pour vous permettre de faire des belles photos en campagne. Vous avez obtenu ce que vous vouliez, vous passez maintenant à un autre appel. Déçu de voir que nous ne sommes pas respectés. Utiliser [une] image des personnes handicapées adultes pour vous faire élire, c’est lamentable». 

Jeudi dernier, c’est la députée libérale Jennifer Maccarone qui rapportait les propos de Martin Houle à la période de questions à l’Assemblée nationale. 

Les acteurs politiques changent, mais pas le sort des familles qui comptent un ou des enfants handicapés adultes.

Qu’importe la couleur du gouvernement, elles doivent encore attendre. 

Durant la campagne électorale, François Legault admettait que leur dossier était difficile et complexe, car il implique plusieurs programmes (aide sociale, aide à domicile, proches aidants, crédits d’impôt) et plusieurs ministères. Il s’engageait néanmoins à trouver une équité, à ne laisser personne derrière.

Jeudi dernier, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a indiqué que le ministère des Finances était en train «d’actualiser les données» de la firme Raymond Chabot.

Le ministre a aussi dit et que d’autres moyens étaient envisagés pour aider les parents d’adultes handicapés, notamment déployer des activités socioculturelles pour les jeunes de 21 à 35 ans. 

Québec s’active, mais trop lentement.

Le gouvernement est plus prompt et plus expéditif dans d’autres dossiers. Qu’importe leur complexité et qu’importe qu’il s’agisse de répondre à une véritable promesse électorale ou à un besoin réel. 

Il a trouvé du temps pour rédiger un projet de loi pour soi-disant simplifier le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité et se débarrasser de l’encombrant fardeau des trop-perçus d’Hydro. Du temps, il en a eu aussi pour revoir en profondeur le rôle d’Investissement Québec. 

Le gouvernement Legault ne ménage pas non plus ses efforts pour mettre en place des récréations de vingt minutes et le plus grand nombre possible de maternelles quatre ans malgré les multiples contraintes de personnel et d’espace qu’il rencontre. Le dédoublement avec les centres de la petite enfance ne l’indispose pas.

Lundi, son ministre de l’Éducation a également présenté de nouvelles règles de financement pour permettre rapidement l’ajout de milliers de nouvelles classes et places dans les écoles primaires et secondaires pour la prochaine année scolaire. Québec investit 1,7 milliard $ à cette fin.

Lorsque la volonté politique est là et soutenue, les choses vont vite. Des solutions apparaissent et le budget pour les concrétiser suit. Pas dans un an, pas dans trois, mais dès maintenant.