La décision du ministre Roberge, qui rend obligatoire deux récréations de 20 minutes chaque jour, a été suivie de «mais» et de nombreuses questions sur la faisabilité de cette nouvelle obligation.

Deux récréations, c’est pas l’Everest

CHRONIQUE / Le ministre de l’Éducation ne demande pas aux écoles primaires et aux enseignants de gravir l’Everest avec leurs élèves. Simplement de prévoir deux récréations de 20 minutes par jour afin que les écoliers bougent, s’aèrent l’esprit et socialisent. Est-ce si difficile, si inaccessible?

Les ministres Jean-François Roberge et Isabelle Charest ont annoncé une bonne nouvelle mardi. 

Pour une trop rare fois, les caquistes et un ministre de l’Éducation s’inspirent de la science et des directions de santé publique pour prendre une décision. 

Celle du ministre Roberge qui rend obligatoire deux récréations de 20 minutes chaque jour a cependant été suivie — cela était prévisible, car c’est toujours ainsi dans le réseau de l’éducation — de «mais» et de nombreuses questions sur la faisabilité de cette nouvelle obligation. 

Logistique, horaire du personnel et des autobus, régime pédagogique et temps prescrit par matière, autonomie professionnelle, habillement des petits, cours glacées, température. Tout y passe.  

Qui fera la surveillance durant les récréations? Si la tâche revient aux enseignants qui se disent déjà débordés, où ceux-ci devront-ils couper pour accomplir tout leur boulot? Dans l’enseignement, la récupération ou l’encadrement des élèves? Faut-il confier la surveillance aux éducatrices des services de garde?

Est-il nécessaire d’allonger le temps passé à l’école, de couper dans le temps consacré à d’autres matières, de limiter la période du dîner? Des coûts supplémentaires sont-ils à prévoir?

Les enfants vont-ils enfin avoir accès à des cours d’école attrayantes et sécuritaires puisque les récréations deviennent obligatoires? 

Et bien sûr, l’éternelle question sur les horaires des autobus jaunes dont les commissions scolaires doivent «optimiser» les circuits. 

Syndicats d’enseignants et commissions scolaires voient une montagne à gravir, un effort de 40 minutes à fournir et peut-être des coûts supplémentaires.

Le ministre, de son côté, voit une butte. Cinq minutes de plus deux fois par jour et le tour est joué. À coût nul en plus.

Il laisse néanmoins entrevoir des fonds pour les cours d’école. Est-ce la fin des campagnes de vente de chocolat, de sapins de Noël et de bricolages conçus avec amour? Les parents doivent depuis des décennies participer financièrement à l’embellissement des cours d’école et à l’achat de modules de jeux. 

Si le ministre et les partenaires du réseau avaient mesuré «ensemble» la réalité et les défis, si le premier voyait les choses moins en rose et les seconds moins en noir, ça aiderait sûrement les écoliers et le Québec à bouger plus vite.

Si nous voulons favoriser la réussite éducative au Québec, si nous voulons faire reculer l’embonpoint et l’obésité chez les jeunes (1 sur 10 est obèse et le tiers des enfants de 6 à 11 ans n’atteint pas le 60 minutes d’activité physique recommandé), il faut prendre les moyens à notre disposition pour y parvenir.

Sans minimiser et sans exagérer les ajustements à faire pour atteindre nos objectifs.

Dans un document préparé en 2017, la santé publique de Montréal et la commission scolaire de Montréal relèvent que la Finlande, maintes fois citée pour ses succès en éducation, prévoit une récréation de 15 minutes à l’extérieur après chaque période de 45 minutes de cours.

Les auteurs rapportent aussi le cas d’une école primaire du Texas où les enfants bénéficient de quatre périodes de récréation par jour, pour un total d’une heure. Les enseignants, qui craignaient de prendre du retard dans leur programme, ont au contraire constaté qu’ils avançaient plus vite.

«[...] la pratique d’activités physiques ne rend pas les enfants plus intelligents, mais elle place leur cerveau dans une disposition optimale pour apprendre», écrivent Marylène Goudreault et Marie-Hélène Guimont.

Bien sûr, il faudra d’autres actions pour que les petits Québécois décrochent moins, réussissent mieux et délaissent leurs loisirs sédentaires.

Les récréations ne sont pas une panacée, mais il serait bête de ne pas profiter des bienfaits qu’elles peuvent apporter.