En 2016, l’espérance de vie après 65 ans et après avoir dit «bye bye boss» a grimpé à 19,9 ans pour les hommes et à 22,5 ans pour les femmes.

Bye bye la retraite à 65 ans

CHRONIQUE / Si votre prestation de retraite était bonifiée de 194 $ par mois — 2328 $ par année — seriez-vous prêts à travailler deux ans de plus, à repousser à 67 ans l’âge de votre retraite?

L’Institut canadien des actuaires (ICA) propose cette carotte pour convaincre les gens de rester plus longtemps sur le marché du travail et pour adapter les régimes de retraite à l’espérance de vie plus longue.

L’actuaire Jacques Tremblay, associé en expertise-conseil actuarielle chez Oliver Wyman et président de la direction des affaires internationales de l’ICA, explique qu’une personne pourrait toujours prendre sa retraite à 65 ans sans voir affecter ses prestations.

Par contre, si l’âge d’admissibilité cible de la retraite passe de 65 à 67 ans et que les prestations de retraite cible augmentent proportionnellement, une bonification de 16,8 % attendrait la personne qui opte pour la retraite à 67 ans. 

L’ICA suggère également de faire passer de 60 à 62 ans l’âge minimal de la retraite anticipée pour le Régime de rentes du Québec et le Régime de pensions du Canada, et de hausser l’âge maximal de la retraite différée de 70 à 75 ans. Établi pour le moment entre 65 et 70 ans, l’âge pour toucher la Sécurité de vieillisse pourrait être fixé dans l’avenir entre 67 et 75 ans. 

Les actuaires incitent les gouvernements à «mettre à jour» l’âge de la retraite tout en les invitant à limiter les conséquences pour les travailleurs à faible revenu ou handicapés.

À quelques mois des élections fédérales, il peut paraître hasardeux, voire peine perdue, de vouloir lancer une discussion sur l’âge de la retraite comme le souhaite l’ICA en publiant ce lundi son énoncé : Une retraite reportée pour des prestations plus élevées : Adapter les programmes de retraite d’aujourd’hui aux réalités de demain.

Un sujet délicat

Une des premières actions prises par le gouvernement Trudeau a été d’annuler une décision des conservateurs de Stephen Harper qui avaient décidé en 2012 qu’à partir de 2023, les Canadiens seraient admissibles à la Sécurité de la vieillesse et au Supplément de revenu garanti à 67 ans et non plus à 65 ans.

Le gouvernement conservateur disait agir ainsi pour assurer la pérennité du programme. Le directeur parlementaire du budget de l’époque, Kevin Page, avait toutefois conclu que celui-ci était viable et que ses coûts diminueraient à compter de 2031.

Les libéraux de Justin Trudeau ont également procédé avec les provinces à une bonification du Régime de pensions du Canada, et par conséquent, à une hausse des cotisations. 

À Québec, le gouvernement Couillard a quelque peu résisté à modifier le Régime de rentes du Québec, mais il a finalement suivi le reste du pays pour ne pas pénaliser les travailleurs québécois. 

Lors de consultations menées en 2017, Québec avait évoqué l’idée d’augmenter l’âge minimal d’admissibilité à la rente de retraite anticipée, mais celle-ci n’a pas été retenue. «À savoir si la proposition reviendra, on ne peut pas répondre à ce moment-ci», a indiqué jeudi une porte-parole de Retraite Québec. 

L’actuaire Michel Saint-Germain, de Mercer, estime que le moment est propice à reconsidérer l’âge de la retraite à cause de la pénurie de main-d’œuvre qui frappe dans différents domaines d’activités, notamment dans la ville de Québec.

La Fédération des chambres de commerce du Québec disait sensiblement la même chose l’automne dernier.

L’argument de la pénurie de personnel et de la croissance économique s’ajoute à ceux utilisés jusqu’à maintenant : la faiblesse des taux d’intérêt et l’espérance de vie plus longue.

En 1966, un homme de 65 ans pouvait espérer vivre 13,6 ans à la retraite, une femme du même âge, 16,9 ans. En 2016, l’espérance de vie après 65 ans et après avoir dit «bye bye boss» a grimpé à 19,9 ans pour les hommes et à 22,5 ans pour les femmes.

Même si le Régime de rentes du Québec, le Régime de pensions du Canada et la Sécurité de la vieillesse sont viables financièrement pour les 40 à 75 prochaines années, l’ICA estime que des ajustements doivent se faire progressivement sur une dizaine d’années à compter de janvier 2021.

Rappelons que l’âge de la retraite est de 67 ans dans la plupart des pays de l’OCDE.

Est-ce que la possibilité de toucher des prestations de retraite plus élevées pour le reste de ses «vieux jours», le souci de mieux se prémunir contre l’inflation et des crédits d’impôt plus avantageux pour les travailleurs expérimentés vont convaincre les gens de rester au travail plus longtemps? 

L’argent n’est pas le seul élément considéré dans la prise de décision.

L’état de santé, la situation familiale, la satisfaction tirée ou non de son emploi, la flexibilité dont fait preuve l’employeur, le fait que ce dernier reconnaisse ou non l’expertise et l’expérience des travailleurs âgés, la formation et les compétences acquises ou non pour évoluer dans les nouveaux environnements de travail font également partie du calcul.